La rotonde ferroviaire de Montabon
  • Actuellement 513 Aiguillonautes soutiennent Aiguillages assurant 75 % du budget annuel nécessaire à la pérénisation de la chaîne. Il ne manque plus que 168 contributeurs pour que ce projet soit viable. Découvrez comment vous aussi, vous pouvez soutenir Aiguillages en cliquant ici ou sur le lien Soutenir.

La rotonde ferroviaire

de Montabon

Plein écran cliquez ici

(ou appuyez sur la touche Entrée de votre clavier)

La rotonde ferroviaire de Montabon

Transcription :

Bonjour et bienvenue dans Aiguillages, cette semaine, je vais vous faire visiter un site dont vous avez sans doute déjà entendu parlé parce-qu'il a été mis sous les feux des projecteurs grâce à la Mission Patrimoine menée par Stéphane Berne, c'est la rotonde de Montabon qui a figuré en 2018 parmi les lauréats du loto du patrimoine. Et j'en profite pour vous annoncer un nouveau partenariat pour Aiguillages, noué avec la FACS - Patrimoine Ferroviaire qui a partir de ce jour soutien la production de ce magazine, je vous reparlerais de cette association et de ses activités dans le fil de cette saison.

La Rotonde de Montabon, se trouve dans la Sarthe, non loin de la gare de Château du Loir ou circulent de nos jours encore des TER sur la ligne Tours-Le Mans mise en service en 1858 par la Compagnie du Paris-Orléans.

La gare de Château du Loir était un petit nœud ferroviaire très actif au XIXème siècle. Après l'ouverture de la ligne Tours-Le Mans, la compagnie du Paris Orléans y a créé un premier petit dépôt avant d'ouvrir deux nouvelles lignes desservant Saint-Calais et Blois en 1879 et 1881. En 1886 ce sont les Chemins de Fer de l'Etat créés quelques années plus tôt pour reprendre toute une série de compagnies ferroviaires en difficultés financières dans l'ouest de la France, qui s'y installent. La gare devient une étape sur la nouvelle ligne Paris-Bordeaux venant faire concurrence à celle exploitée par la Compagnie du Paris-Orléans. Les locomotives à vapeur à l'époque ne pouvant guère plus parcourir que 150 à 200 km avant de devoir refaire le plein d'eau et de charbon, de nombreux dépôts doivent être installés tout au long des lignes pour organiser le relais traction. L'un d'entre eux le sera sur un terrain appartenant à la commune de Montabon, jouxtant celle de Château du Loir. Il se situe entre ceux de Chartres et de Drouars. Il sera composé d'une rotonde comprenant 10 voies couvertes d'un pont tournant de 17 mètres et d'un ensemble de locaux techniques. Le site était en capacité d'accueillir jusqu'à 85 locomotives. Il connaîtra son apogée dans l'entre-deux guerres, mais son activité commencera à décliner avec la création de la SNCF en 1938. En effet, la Société Nationale des Chemins de Fer Français étant née de l'absorption des compagnies privées pré-existantes et des Chemins de fer de l'Etat, se retrouve alors propriétaire de deux lignes pour relier Paris à Bordeaux. Celle construite par l'Etat et passant par Château du Loir ayant un profil et un parcours peu favorables, la SNCF fera le choix de la délaisser au profit de celle établie par le Paris-Orléans. La rotonde conservera néanmoins une petite activité jusque dans les années 60, les dépôts de Tours et du Mans y envoyant leurs machines pour leur permettre de tourner sur le pont.
Des ponts comme celui-ci il en reste très peu sur le sol français. Celui de Montabon date de 1921, mais a été installé à cet endroit en 1962, ce qui reste pour l'heure un mystère pour les membres de l'association qui préservent la rotonde qui s’interrogent toujours sur la raison pour laquelle le pont a été changé à cette date, alors que la rotonde avait été officiellement fermée 8 ans plus tôt, en 1954.
C'est un pont qui est manipulé à bras d'hommes, sur lequel l'association a engagé de gros travaux de restauration, dans un premier temps pour le dégager des tonnes de gravat qui lui interdisait tout mouvement, mais aussi pour en maintenir le pied hors de l'eau dans laquelle il a baigné plusieurs années. Quand au bâtiment de la rotonde, il a lui aussi pas mal souffert. Bombarde en 1944, son toit a été refait l'année suivante, mais finalement désaffectée, une 10aine d'années plus tard, la rotonde a abrité pendant quelques temps une activité de stockage d'engrais pour une coopérative agricole, avant que des habitants de la région ne prennent l'habitude de s'en servir de décharge. Lorsque les membres de l'association ont commencé à s'intéresser à son devenir, ils ont du procéder à l'évacuation de 50 tonnes de déchets.

Comme beaucoup d'autres, cette rotonde a bien failli être rasée. Le permis de démolir avait même été établi, mais le maire de la commune de Montabon à l'époque, a refuser de le signer. Ce qui a permis d'organiser le sauvetage du bâtiment. Dans un premier temps, une solution a été recherchée auprès des collectivités locales, mais aucune n'ayant abouti, c'est un particulier qui a acheté la rotonde afin d'en empêcher la démolition. La charge de l'entretien d'un tel bâtiment étant relativement lourde, celui-ci a néanmoins continué à chercher des solutions pour en assurer la préservation. L'une d'elle est venue de la constitution de l'Association Rotonde Ferroviaire de la Vallée du Loir, qui s'est portée acquéreur du site. Le changement de statut qui en a résulté, a permis de se rapprocher de la Fondation du Patrimoine et d'ouvrir de nouvelles pistes.

On ne parlait pas du tout de la mission Berne à l'époque. Les premiers contacts ont eu lieu alors que le premier propriétaire était toujours, l'ancien propriétaire, donc une personne privée. C'est vrai qu'on a senti que c'était pas la meilleure solution. Ça a précipité l'achat. Donc après, la Fondation du Patrimoine, une fois que l'on a été propriétaire, nous a regardé d'un autre œil, c'était plus facile administrativement, et là, dans un premier temps, elle nous a proposé de faire une souscription publique, pour des réparations sur la toiture. Donc, c'était beaucoup plus mesuré, c'était financièrement plus facile, et à ce moment là est arrivée la mission Berne. Et là, bah, changement de programme, on jette le dossier que l'on avait fait, on recommence tout à zéro et là on fait un dossier très ambitieux, presque utopique, 810 000 euros de travaux, on refait toute la toiture à neuf, on refait, toutes les verrières, on refait tout … on n'en aurait pas rêvé ! On y rêvait même pas, mais en fait, l'on l'a fait quoi, puisqu'en fait, c'est ce qui nous est arrivé. C'était un peu plus fort qu'un rêve !

Au milieu de 2000 autres candidats, le dossier de l'association a fait parti des 18 retenus pour obtenir un financement de son projet, via le Loto du patrimoine.

Sortir dans les 18, c'est …. c'est terrible quoi ! On va mettre des années à s'en remettre … Je crois qu'il y a déjà le côté bénévole, notre enthousiasme dans nos travaux. L'année dernière on a réalisé 7500 heures de bénévolat sur le site, donc c'est quand même pas rien, c'est aussi une preuve de notre engagement, on fait pas semblant quoi, on le fait pour de vrai. Et puis, le côté atypique de notre bâtiment, il n'en reste plus … donc si on sauve pas celui-là ça va être très dur.

Un bâtiment unique, industriel, pour lequel Stéphane Berne aurait eu lui-même un petit coup de cœur. Les 810 000 euros obtenus via cette opération vont permettre la réfection totale du toit de la rotonde, de quoi soulager grandement les bénévoles qui s'impliquent depuis de nombreuses années dans leur travail de sauvetage.

En fait, ça se dégrade au fil du temps et là, ça commence à se dégrader vraiment. A chaque coup de vent c'est la hantise parce-que les ardoises descendent toutes seules. On a beau se dire que c'est autant de moins à enlever sur le toit et des économies sur la démolition, c'est pas une bonne solution. Donc là on sait que maintenant dans un an, on serra hors d'eau, hors d'air, on pourra envisager … d'abord on serra plus sereins et puis on pourra commencer à envisager sérieusement l'avenir sur une base stable. Ça n'empêche pas de continuer sa restauration, parce-qu'il y a encore beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail après, mais je dirais que l'essentiel sera fait. Après, ce sera un peu les aspects esthétiques ou purement techniques, le sol par exemple, ç'est vrai que ça serait mieux si c'était un sol un peu moins cabossé que celui que l'on a.

Le péril le plus immédiat étant enfin éloigné, il va être possible à Bruno et son équipe de se concentrer maintenant sur l'avenir de la rotonde et de son site.

Le but que l'on voulait lui donner c'était que ça soit une rotonde à la fois vivante, parce-que préservé le bâtiment en temps que tel et dire ça y est, notre mission est finie et on fait autre chose, c'était pas non franchement … nous, c'est de la faire vivre, d'abord qu'on ait une autonomie financière pour qu'elle vive d'elle même, et puis d'en faire un pôle touristique. Y organiser des visites, ce qui se passe depuis quelques temps là, ou les visites sont plutôt satisfaisantes, et puis faire une collection de matériels, d'objets, d'avoir localement un musée qui tienne la route, ou l'on puisse présenter des objets, que l'on puisse présenter l'histoire du chemin de fer dans la région,

Des objets et du matériel roulant bien sur. Les premiers véhicules qui ont rejoints la rotonde appartiennent à l'association elle même, ou lui ont été confiés sous convention, c'est le cas de plusieurs qui appartiennent au TVT, le Train à Vapeur Touarsais, et de la petite Léonie, qui elle est la propriété de la FACS dont je vous parlais au début de ce reportage. Léonie est arrivée il y a tout juste un an, le 5 novembre 2019 depuis le site d'Ambert ou elle était préservée jusqu'alors. Les membres de l'association se réjouissent de son arrivée ici, car telle était bien la vocation de la rotonde de Montabon que d'abriter des locomotives à vapeur. Pour l'heure, Léonie est en chute de timbre, c'est à dire qu'elle ne pourra pas être remise en chauffe avant une révision complète de sa chaudière, mais les membres de l'association comptent bien se lancer dans ce nouveau défi, une fois que les travaux du toit de la rotonde auront été réalisés. D'autant qu'un autre rêve trotte dans la tête des bénévoles.

La rotonde est embranchée sur l'ancienne ligne Paris-Bordeaux, qui elle même parcoure environ 17 km avant d'être interrompue. C'est déferré, c'est sans espoir de raccordement … donc là, il y a 17 km qui s'ouvrent devant nous, directement, sans passer par la ligne de Tours, c'est à dire, sans interférer sur le réseau national. C'est un rêve pratiquement ! Sauf que là, il y a des tas d'autorisations à obtenir, ce qui pour l'instant n'est pas encore fait. Il y a un intérêt de principe, mais voilà, maintenant, il faut passer chaque étapes et là, on n'est qu'au début de l'histoire. Ça serait franchement l'idéal, et on a d'autres projets plus globaux sur la zone puisqu'il y a encore du terrain improductif, juste à côté, là. On souhaiterait que tout l'ensemble ici, soient environ 10 hectares deviennent une zone de loisirs ou les gens puissent venir passer une heure, une journée, deux jours peu importe, mais qu'ils puissent y trouver de quoi se restaurer … enfin, d'un petit coin sympa, au fin fond de la Sarthe, qui ne demande qu'à être connu.

Un projet dont on suivra l'évolution bien évidement dans Aiguillages et sans doute aussi dans un prochain numéro de la revue éditée par la FACS, dont l'édition datée de novembre-décembre 2020 vient de sortir. Vous y trouverez un article sur le Chemin de Fer d'Aigues-Vive, l'Omneo qui vient de prendre du service en région Centre sur le réseau Rémi et le partenariat de la Facs avec Aiguillages. Je vous en souhaite une bonne lecture et vous retrouve la semaine prochaine pour de nouvelles aventures sur les rails



Suggestions de reportages à revoir dans la catégorie : Patrimoine