Le viaduc de Garabit Bientôt patrimoine mondial ?
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Le viaduc de Garabit

Bientôt patrimoine mondial ?

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Le viaduc de Garabit Bientôt patrimoine mondial ?

Transcription :

Bonjour et bienvenu dans Aiguillages ! Le viaduc de Garabit, je pense que vous le connaissez ? Mais savez-vous qui aux côtés de Gustave Eiffel en est à l'origine ? Vous souvenez-vous qu'il a été construit avant la célèbre tour ? Connaissez-vous ces particularités ? On en parle et de bien d'autres choses encore, dans ce nouveau numéro d'Aiguillages.

Le viaduc de Garabit, on le doit a deux ingénieurs visionnaires qui ont vécu au XIXème siècle, l'un est mondialement connu puisqu'il s'agit de Gustave Eiffel, le deuxième beaucoup moins, il s'appelait Léon Boyer mais la mort l'a fauché dans la force de l'âge alors qu'il n'avait que 35 ans sans quoi il aurait sans nul doute eu le temps de signer d'autres grands chantiers pour lesquels on parlerai de lui encore aujourd'hui. Dans le train affrété par l'association Le Train à Vapeur d'Auvergne qui a circulé à l'occasion des dernières journées du patrimoine, pour faire un Tour du Gévaudan, en passant par la ligne des Causses, et donc le viaduc de Garabit, j'ai rencontré Patricia Vergne Rochès qui est l'auteur d'un ouvrage très richement documenté à son sujet, il a pour titre le Viaduc de Garabit, Chef d'oeuvre de Gustave Eiffel, et est paru aux édition La vie du rail.

Avec Patricia, on a bien sur pris le temps de savourer le passage au ralenti sur le viaduc de Garabit avant d'entamer une grande conversation à son sujet, Patricia, c'est une enfant du pays, mais elle n'a véritablement appris que sur le tard à faire plus ample connaissance avec ce géant d'acier dont elle ne s'est pourtant jamais éloigné bien longtemps.

En fait, je suis une enfant du territoire, du cantal, j'ai grandi à 10 km du viaduc de Garabit, donc je l'ai toujours vu, il a fait parti du décor de mon enfance depuis toute petite, et puis un jour en 2001 ? j'avais 26 ans, j'ai été élue au conseil municipale de la ville de Saint-Flour, et puis une équipe de télévision allemande est venue pour tourner sur le viaduc de Garabit. Je revenais de mes études en Allemagne, et on m'a demandé de les accompagner, en tant qu'ambassadrice du territoire pour leur présenter le Viaduc de Garabit. Et j'ai très honte d'avouer qu'à l'époque, c'est moi qui est appris beaucoup sur le Viaduc de Garabit, c'est grâce à cette équipe de journalistes étrangers que j'ai découvert mon territoire. Et c'est la que je me suis dit … alors, j'ai eu très honte, je vous l'avoue aujourd'hui, mais sincèrement j'étais pas très à l'aise à l'époque, et j'ai eu à cœur de réparer ça et d'en devenir une bonne ambassadrice. Donc, j'ai beaucoup recherché, beaucoup lu sur le sujet et puis j'ai proposé aux éditions de la Vie du Rail de publier le fruit de mes recherches. Et il s'est avéré qu'ils n'avaient jamais publié sur cet ouvrage qui représente quand même un tournant dans le monde du génie civil dans le monde entier et donc ils ont tout de suite accepté. J'ai publié un premier ouvrage en 2007 pour les adultes à la Vie du Rail, ensuite, j'ai publié un livre jeunesse aux éditions de la Vache qui lit pour les enfants, et enfin en 2012, une deuxième édition à la Vie du Rail, toujours, une édition augmentée du premier ouvrage.

Hé oui, car il y en a des choses à raconter à propos de ce Viaduc, mais commençons par resituer le contexte de l'époque.

Nous sommes dans la 2ème moitié du XIXème siècle, dans la période que l'on appelle le 2nd Empire. C'est Louis Napoléon Bonaparte qui est au pouvoir. La France vit au rythme soutenu de la révolution industrielle. Pour la première fois depuis des siècles, voire des millénaires, l'humanité va pouvoir considérablement augmenter sa vitesse de déplacement, grâce au train. Les hommes, mais aussi les marchandises, vont bénéficier de ces progrès. Les voyages, sont non seulement plus rapides, plus confortables, mais aussi moins couteux, grâce à ce nouveau mode de locomotion. Comme Patricia le relève dans son livre, transporter une tonne de marchandise sur 1km est facturé 25 centimes par le roulage, c'est à dire le transport par la route, 0,06 centimes par la voie fluviale, et 0,09 centimes par le train. Par exemple, pour un négociant en vin, un transport de Bordeaux à Paris par le train revient moins cher que le déplacement de la même quantité de marchandises entre Aurillac et Clermont-Ferrand, et vous l'aurez remarqué, la distance n'est pas la même.

Mais il se trouve que comme dans une célèbre bande dessinée, toute la France est peu à peu recouverte de voies ferrées. Toute, non, une région fait de la résistance.

Ho, ce n'est pas le fait qu'il soit hostile au progrès, mais de tout temps, le massif central à posé problème. Pardon, à tout ceux qui y habitent, ce n'est pas contre-eux, mais c'est bien le relief qui complique les choses. Déjà à l'époque romaine, il ne fut facile d'y établir des routes. Avec l'arrivée du train, l'histoire se répète. Ce nouveau moyen de transport ne pourra pénétrer la région qu'au prix de la construction de nombreux ouvrages d'arts. Conséquence, alors qu'un peu de partout en France on goûte aux joies des transport sur rail, dans le Cantal et la Lozère, on en est toujours à devoir se déplacer à cheval sur des routes de terre.

Alors évidement, c'est un problème de coût qui se pose, le second empire c'est la période au cours de laquelle sont créées les grandes compagnies ferroviaires, ce sont elles qui construisent et financent ces lignes et elles cherchent à ce que leurs investissements soient rentables. On les comprend. Mais le problème est aussi technique, et du côté de Saint-Flour en particulier, on a cherché pendant très longtemps comment il allait être possible de franchir l'obstacle naturel le plus imposant de la future liaison Paris-Bézier, les gorges de la Truyère.

La solution finira par être trouvée par un jeune ingénieur qui s'est intéressé à la construction au Portugal d'un autre viaduc ferroviaire qui enjambe le Douro, à Porto, par un certain Gustave Eiffel.

Ce viaduc à Garabit en fait, on le doit à un jeune ingénieur de 26 ans, qui se nomme Léon Boyer, qui était originaire de Florac en Lozère et qui a eu à cœur de trouver une solution pour franchir ces gorges de la Truyère et pour permettre de dérouler une voie sans trop de rampes, et qui soit le plus facilement possible exploitable puisque l'on sait qu'elle a quand même des rampes importantes, mais voilà, il a vraiment oeuvré pour qu'un nouveau projet soit étudié et que ce viaduc soit réalisé à Garabit. Et c'est aussi lui, qui a plaidé pour que ce viaduc soit réalisé de gré à gré, ça aussi, c'était quelque chose de très exceptionnel pour l'époque. Il estimait et l'Etat a estimé comme lui que comme l'idée du viaduc venait du Maria Pia qui avait été réalisé par la société Eiffel, il revenait presque de droit à la société Eiffel, d'être le constructeur de Garabit. Donc vraiment, grâce à son action, on a pu avoir Eiffel. Dans le massif Central il était déjà là puisque sur les voies de l'Allier entre autre, il a déjà réalisé des viaducs, mais à Garabit, c'est grâce à Léon Boyer, grâce à un Lozérien.

Petite précision à apporter ici, de gré à gré, ça veut dire qu'il n'y a pas eu d'appel d'offre, l'Etat voulait que ce soit Eiffel et personne d'autre qui construise se viaduc. A bien y réfléchir, ce genre de petit arrangements, ne passerait peut-être pas très bien de nos jours. Mais alors qui est ce Monsieur Eiffel, qui produit un tel effet sur les pouvoirs publics, alors qu'il n'a pas encore construit sa tour ?

Gustave Eiffel est né en 1832 à Dijon, c'est un ingénieur qui s'intéresse plus particulièrement aux nouvelles technologies liées à la construction métallique. Il a participé à la mise au point de la structure qui soutient la statue de la Liberté à New-York, et il a à son actif à l'époque qui nous intéresse la construction du pont qui permet aux trains de franchir la Garonne avant d'entrer en gare de Bordeaux, un ouvrage qui repose sur 6 piles, qui mesure un peu plus de 500 mètres de long. C'est l'un des plus importants ponts ferroviaires au monde.

Mais jusque là, on reste sur une construction certes hardie, mais encore assez classique.

Ce pont là, Eiffel le construit en 1857. 10 ans plus tard, il crée sa propre entreprise spécialisée dans les constructions métalliques. Les entreprises ferroviaires sont pour lui de gros clients, et il réalise de nombreux ponts, une 30aine, y compris dans le massif central. Mais son aventure entrepreneuriale va prendre un tout autre tournant lorsqu'il va découvrir un moyen de construire des ponts beaucoup plus hauts que ceux reposant sur de simples piles en pierre.

Et là, accrochez-vous, il faut que je vous parle du fer puddlé.

Le puddlage, c'est une technique qui permet d'affiner la fonte pour obtenir du fer pudlé qui a comme caractéristique d'être beaucoup plus souple que le matériau dont il est issu. Grâce à lui, Eiffel peut envisager une nouvelle technique dans la construction de ses ponts. Plutôt que de les faire reposer sur un tablier droit seule possibilité offerte par la fonte, il va pouvoir grâce à ce nouveau matériau concevoir des ponts reposant sur une arche..

C'est plus esthétique et c'est beaucoup moins cher, on ne va pas se mentir, deux arguments de poids qui feront pencher la balance en faveur de son projet, lors du concours organisé pour la construction du pont sur le Douro qui servira de modèle à la construction de celui de Garabit

Le Maria Pia a inspiré Garabit. On a eu la chance finalement d'être les second, le premier on va dire que c'était une très belle réalisation, mais qui demandait quelques améliorations, et évidement la société Eiffel, a apporté des améliorations sur le viaduc de Garabit, entre-autres de dé-solidariser le tablier de l'arche, ce qui permettait que l'arche s'use moins rapidement, des échelles hélicoïdales dans chaque pile, pour bien aller au cœur de l'ouvrage et vérifier que chaque pièce est en bon état, et puis évidement à Garabit, le défi était encore plus important, parce-que le viaduc était encore plus haut. Les mesures de l'ouvrage étaient encore plus colossales qu'au Maria-Pia à Porto. Et en plus à Porto, c'était sur le Douron, donc le fleuve permettait d'acheminer les matériaux de manière plus facile qu'à Garabit ou on était sur la terre ferme, et à l'époque, le petit ruisseaux que représentait la Truyère, n'avait rien à voir avec le lac d'aujourd'hui, donc ne pouvait pas être utilisé comme voie n de navigation.

Difficulté supplémentaire, Garabit n'est pas situé en ville, comme le pont Maria Pia, mais en pleine campagne. Il a par conséquent fallu installer sur le site des constructions temporaires. Des dortoirs, des cantines, des bureaux, des magasins pour abriter les matériaux, des écuries pour les chevaux et des étables pour les bœufs, mais aussi une école pour les enfants des quelques 400 ouvriers venus avec leur famille pour travailler sur le chantier. Un pont provisoire est construit pour relier les deux rives et acheminer les matériaux de construction jusqu'aux piles qui allaient recevoir les arches du viaduc. Deux voies Decauvilles y sont même installées. Les pièces du pont sont préparées dans des ateliers de la société Eiffel, qui se trouvent à Levallois-Perret, transportées à la gare la plus proche pour prendre le train jusqu'à Neussargues, et de là, effectuer les 34 derniers km par la route à bord de lourdes charrettes tirées par 6 à 8 chevaux. Il restait encore à les hisser sur les piles du pont, une opération qui au rythme d'une élévation d'un mètre à la minute, prenait une heure et demie par pièce. Aussi, ce fut une grande joie pour les ouvriers et les habitants, d'assister à la jointure des deux morceaux de l'arche centrale. Un coup de canon fut même tirer pour célébrer l'évènement, certains dans la région étant persuadé que ce jeu de mécano serait voué à s'effondrer sur lui-même. Les premiers trains d'essais circulèrent sur le pont au mois d'avril 1888, et la ligne fut ouverte à la circulation à la fin de l'année suivante.

Malheureusement pour lui Léon Boyer n'était pas là pour se réjouir de voir aboutir le projet dont il avait été à l'initiative

Pourtant, tout avait bien commencé. Par une promotion. Léon Boyer est nommé directeur en chef de la construction du canal de Panama. Il quitte la France le 6 janvier 1886 pour arriver sur place le 30 du même mois.

Oui, on n'est toujours pas à l'époque du TGV, et les avions n'existent pas encore, il faut avoir un peu de temps devant soi à ce moment là, pour pouvoir voyager.
Mais Léon Boyer n'occupera pas très longtemps son poste. Au mois d'avril, il contracte la fièvre jaune et décède en quelque jours, le 1er mai 1886 à l'âge de 35 ans. Du reste ce sont plusieurs milliers d'ouvriers engagés sur ce chantier qui mourront du même mal. Gustave Eiffel de son côté, aura encore de nombreuses années de vie devant lui, et le temps d'édifier sa célèbre tour, en s'appuyant sur l'expérience de la construction du viaduc de Garabit. Celui-ci avait été conçu selon Gustave Eiffel pour avoir une durée de vie de 100 ans. De fait, ce n'est que 130 ans après sa mise en service, que sa structure a commencé à susciter quelques inquiétudes. Des micro-fissures apparaissant dans les piles du pont et sur des pièces essentielles à sa bonne tenue. De gros travaux furent donc mis en œuvre pour le conforter, puis d'autres furent entamés pour le remettre en peinture après avoir traiter les premiers points de rouille apparaissant sur quelques unes de ces pièces. Pour recouvrir les 51000 mètres carrés de sa surface, il fallut passer la bagatelle de 40 tonnes de peinture. Quant à la couleur rouge Gauguin, elle fut choisie pour le mettre en valeur dans son environnement, et parce-que c'était la couleur d'origine de la tour Eiffel. Mais aussi curieux que cela puisse paraître, on ne connait pas avec certitude la couleur d'origine du viaduc.

Le viaduc de Garabit est classé à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Depuis plusieurs années, il est également mis en valeur par son éclairage nocturne. Après une période d'interruption pour cause de travaux, il est de nouveau traversé par des trains de fret et de voyageurs, celui à bord duquel j'ai pris place en compagnie de Patricia Vergne Rochès était d'ailleurs le premier à le franchir de nouveau. Et pour la suite ? Et bien Patricia a créé une association, les Amis du Viaduc de Garabit et travaillé avec rien moins qu'un ancien ministre des transports dans le but d'obtenir le classement de son protégé au patrimoine mondial de l'Unesco

On a travaillé avec Jean-Claude Gayssot en 2012 pour justement faire en sorte, avec les viaducs de l'extrême que préside Jean-Claude Gayssot, c'était vraiment son projet avec Jacques Godefrein, de classer de manière simultanée Garabit et Millau, Millau étant un peu jeune pour avoir démontré sa valeur universelle, mais Garabit à toutes les qualités et répond tout à fait aux critères de l'Unesco, en revanche, seul, il ne pouvait pas y arriver. J'ai eu la joie de voir en 2017 les Allemands, se rapprocher de notre territoire, comme les Portugais pour le Maria Pia et le Don Luis, mais aussi des Italiens, et le viaduc du Viaur aussi, car nous sommes deux viaducs concernés dans le Massif Central, et je suis vraiment ravi de cette démarche qui en plus menée par les Allemands pourrait vraiment aboutir. Donc, c'est une démarche trans-nationale, à l'échelle Européenne, on sait que sur d'autres continents il y a aussi des viaducs en arche qui mériteraient d'être classés, mais là, c'est encore une autre démarche. Donc là déjà, c'est un très beau projet qui prend forme. Avec l'Association des Amis du Viaduc de Garabit que j'ai fondé en 2018 et que je co-préside avec Hélène Bonabal, une ancienne cadre de la SNCF, oui, notre volonté, c'est bien sur de promouvoir, de valoriser ce viaduc qui est encore trop méconnu et qui mérite vraiment d'être connu plus largement, et c'est aussi bien sur de faire en sorte que l'on entende les voix des personnes qui sont encore malheureusement pas assez nombreuses à dire que, il faut absolument travailler pour que le ferroviaire, que le train, redeviennent une manière de se déplacer sur le territoire national. Vous savez bien a quel point la route et la voiture a pris de la place dans notre société actuelle, j'espère que nous allons vers autre chose et que le ferroviaire sera demain une priorité pour rénover nos réseaux ferroviaires et faire en sorte que le service des trains soit amélioré et donc le service au public amélioré aussi, et que il arrive ainsi à reconquérir la clientèle qui serait ravie de pouvoir circuler en train.

L'association des Amis du Viaduc de Garabit a édité une plaquette que vous pouvez retrouver sur son site pour vous encourager à prendre le train sur la ligne, elle milite également actuellement pour la sauvegarde de la ligne de l'Aubrac et faire en sorte que le viaduc de Garabit continue à être circulé

Si ce sujet vous a intéressé, vous en apprendrez encore beaucoup en lisant le livre Le Viaduc de Garabit Chef d'oeuvre de Gustave Eiffel aux éditions La Vie du Rail, je vous met un lien en description pour vous le procurer, quand à moi, je vais peut-être bien le relire, et je vous retrouve la semaine prochaine, pour de nouvelles aventures sur les rails.






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