En autorail Picasso de Dijon à Lyon

En autorail Picasso

de Dijon à Lyon

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En autorail Picasso de Dijon à Lyon

Transcription :

Bonjour et bienvenu dans Aiguillages. Je vais vous faire vivre avec quelques jours de décalage seulement, un voyage que j'ai pu faire à bord d'un autorail Picasso de l'Association des Autorails de Bourgogne-Franche-Comté. Un déplacement qui devait se faire dans la plus grande discrétion, je ne vous l'ai donc pas fait vivre, comme je le fais souvent sur les réseaux sociaux d'Aiguillages, car son objet était de faire venir l'autorail à Lyon pour tourner une scène d'un film qui sera diffusé en salle en fin d'année avec quelques vedettes à l'affiche, vous comprendrez que dans ces conditions, la production n'avait pas envie de se retrouver à gérer une horde de fans ou de curieux, sur les quais de la gare.

Je me suis donc rendu à Dijon, ou j'ai retrouvé l'équipe de l'ABFC. Nous avons sorti l'autorail du dépôt et c'était parti pour deux heures de voyage sur les rails, destination : la gare de Lyon Perrache.
Cette circulation était sans voyageurs, rien ne nous obligeait par conséquent à passer par la gare de Dijon Ville, si ce n'est le plaisir qu'il y a toujours a pouvoir faire une photo de groupe au départ du train.

Mais la circulation elle même, ce n'est que l'arbre qui cache une grande forêt. Ce voyage de 200 km à peine, a mobilisé l'équipe de bénévoles de l'association sur 4 jours, car bien sur, faire rouler un autorail de 1960 sur le réseau ferré national, ça ne s'improvise pas.

Chose incroyable à noter d'ailleurs au passage, cet autorail qui aurait pu partir à la casse au début des années 80, a finalement vécu plus longtemps en temps que matériel préservé par l'ABCF, que matériel roulant pour le compte de la SNCF.

La nouvelle vie de cet autorail, le X4039, a commencé avec celle de deux autres de la même série, grâce à une première génération de passionnés.

L'ABFC en fait elle existe depuis 1982, c'est Gaby Bachet qui a été le précurseur du projet de sauvegarde du Picasso. Quand il était conducteur, il passait à Nevers et il voyait plein de Picasso qui partaient à la casse, mais qui avaient encore du potentiel derrière. Alors, il a sauvegardé ça, et puis à cette époque là, il avait racheté 3 Picasso, le 4039, le 4051 qui a été racheté ensuite au CFTA, et le 4025, qui est tombé en carafe derrière, pour une histoire de pont moteur, à cette époque là aussi. Et puis après ils ont quitté le dépôt de Besançon, ils sont venus à Dijon … Au début je crois de mémoire, ils voulaient faire une ligne touristique entre l'Hospital du Grosbois et Ornant, à l'origine, c'était ça. Ça n'a pas pu se faire et du coup, ils roulent sur le RFN.

Le Tour du Jura par la ligne des Hirondelles, et le Tour du Morvan, ce sont des valeurs sures de l'association. Des voyages que l'on devrait retrouver à son programme 2021 qui sera validé après son assemblée générale qui se tiendra quelques jours après la diffusion de ce reportage.

Mais je vous parlais d'une première génération, car et c'est un phénomène que j'ai constaté dans plusieurs autres associations de préservation du patrimoine ferroviaire, on assiste ces derniers temps à un renouvellement de génération.

On est assez fiers que les anciens nous aient laissé leurs autorails, ils ont fait confiance à Michaël, à Phiphi et à moi, et puis voilà, on poursuit une aventure qui a commencé en 1983. C'était une des pionnières pour faire rouler des Picasso sur le RFN, à une époque ou ils étaient encore en service, parce-que cet autorail là, le 4039, tout le monde connaît l'histoire, c'est qu'il a été radié à Nevers en 82, radié, avec un moteur neuf ! Donc en fait, voilà, on reprend la suite de ce qu'on fait les anciens et on est super fiers d'eux, et puis je pense qu'ils sont fiers de nous, puis après il faut qu'ils pensent à passer le flambeau, un peu comme aux jeux olympiques quoi ! A nous de continuer derrière.

Pour relever le défi de ce passage de flambeau, la génération montante fait émerger de nouvelles idées et de nouvelles pratiques, notamment au sein de l'UNECTO, l'association qui fédère l'ensemble des trains touristiques circulant en France, à une ou deux exceptions près. Ses membres se retrouvent une fois par an en congrès, une occasion pour eux de faire connaissance, et de nouer de nouvelles relations qui débouchent de plus en plus sur des collaborations inter-associations. Cet autorail Picasso, à bord duquel nous nous trouvons, en a bénéficié. A l'été 2019, il a subit une avarie qui a entraîné le changement de sa boîte de vitesse. C'est un autorail Picasso qui n'est plus en état de rouler qui a été le donneur, il se trouve à Lanester ou il a été transformé en hébergement insolite, et comme par la même occasion, un autre Picasso, celui de l'Association du Train Touristique du Centre Var avait besoin d'un moteur pour pouvoir de nouveau rouler, une grosse opération a été montée pour finaliser ces différents chantiers.

ça ressemble un peu à un grand jeu de chaises musicales, auxquelles ont pris part d'autres associations pour aider à acheminer le Picasso de l'Auvergne ou il était tombé en panne près de Volvic à la Sarthe, ou la Transvap qui exploite le Chemin de Fer Touristique de la Sarthe, a mis à la disposition de l'ABFC un abri, ou les travaux pourraient être réalisés.

L'avantage que l'on a eu à la Transvap, c'est que on n'a pas eu de contraintes de temps, on n'a pas eu de contraintes d'occupation des voies sur un chantier. En fait, on aurait bien pu le faire à Dijon, mais le problème à Dijon, c'est qu'ils ont des machines, et que c'est leur production à eux, et après, les trains touristiques derrière. Après il y a aussi une histoire de finance parce-que, je ne veux pas dire qu'à la Transvap ça ne nous a rien coûté, ça nous a coûté des jours de congés, des bouteilles aussi pour les copains, mais ça c'est très très bien passé ! Je crois qu'on a été exemplaires par rapport à ça ! Et je pense qu'on a été démonstrateurs des possibilités qu'offrait l'UNECTO à fédérer des efforts de chacun.

Et les efforts à fournir ont été nombreux puisque pour changer la boîte de vitesse d'un autorail Picasso, il faut rien moins qu'en extraire le moteur, puisqu'elle se trouve cacher tout au fond du compartiment qui lui est réservé, juste sous la cabine de conduite.

Petite précision, l'ensemble à extraire de l'autorail pesait 4 tonnes 7

On a changé à la Transvap l'ensemble, qui est caché par le groupe électrogène, l'ensemble de la boîte de vitesse qui commence là et qui finit ou il y a la chaîne et la desserte de mouvement. En fait, c'est la desserte de mouvement qui a posé problème, donc on a tout sorti. Après le moteur, il a été refait il y a 3 ans. Déculassage, reculassage, contrôle des chemises, contrôle des pistons, contrôle des injecteurs, et puis des fuites à l'admission. Avec un jaune particulier, c'est un jaune pissenlit, mais on est super content de l'engin. Je pense en fait qu'on a gagné en fiabilité, on a aussi gagné en prestance, et puis en assurance par rapport aux pilotes, aux CTT qui nous pilotent avec un autorail qu'ils ne maîtrisent pas, mais il nous font confiance. On a la connaissance de l'engin, pas forcément la connaissance de la ligne, alors les pilotes qui sont là, ils se reposent un peu sur nous sur la connaissance de l'engin.

Oui, alors, il faut que je vous explique que pour qu'une association puisse faire circuler un train historique sur le réseau ferré national, c'est à dire là ou les trains de la SNCF roulent tous les jours, il faut la présence d'un cadre de la SNCF, un CTT, un Cadre Transport Traction, c'est un conducteur expérimenté, qui connait bien la ligne. Une des difficultés d'ailleurs pour les associations qui souhaitent organiser de tels voyages, c'est de trouver des CTT qui soient disponibles pour les accompagner. Quant aux conducteurs, ils sont formés par l'association à la conduite des engins. A l'ABFC, ils sont tous conducteurs à la SNCF.

à l'image de Philippe Lagathu qui troque dès qu'il le peut le joystick qu'il a habituellement entre les mains, pour une mécanique beaucoup plus rustique.

A c'est vrai que ça change des engins que je conduis, des engins récents, AGC, Régios 2N. Là, on se retrouve dans un pupitre minimaliste et qui domine vraiment toute la machine donc c'est vrai, que c'est assez étrange la première fois que l'on conduit un train comme ça, on passe d'un AGC par exemple à ça, c'est vrai que la boîte de vitesse qui est manuelle, ça change de suite la conduite. La perception aussi des distances suivant le côté ou on se trouve ça fait bizarre et c'est vraiment une conduite atypique. Alors c'est vrai que franchement, faire des journées entières de conduite à bord d'un Picasso, j'ai un gros respect pour les conducteurs qui l'ont fait parce-que c'est vrai que c'est assez bruyant, il fait chaud l'été. L'hiver, bon, on a un petit chauffage quand même, mais c'est pas le confort des engins habituels, c'est vrai que ça change énormément au niveau de la conduite, oui. Et coup, on est dans une position assez exigüe. On a quand même la possibilité de s'assoir, on a des strapotins. Moi, je sais que j'ai tendance à conduire debout, donc après, chacun à sa façon de trouver son confort de conduite, et après voilà, c'est de trouver ses repères, comprendre le fonctionnement de la boîte de vitesse. On a par exemple ici un abac avec les régimes moteurs selon les vitesses à passer, et au départ, on cherche un petit peu ses repères et plus on en fait, plus on est à l'aise comme tout, mais au départ c'est vraiment pas évident.

La mission de Philippe pour aujourd'hui, va être de conduire le Picasso entre Dijon et Lyon, sans vraiment de possibilité d'être relevé puisque la marche prévue est sans arrêt entre les deux gares.

Voilà, Dijon-Lyon, pour effectuer un tournage d'un long métrage demain. Donc on emmène l'autorail à la demande des producteurs en gare de Lyon Perrache pour un tournage dans un train ancien. On s'est proposé, ils ont trouvé le Picasso intéressant et voilà donc la mission du jour c'est de l'emmener sans voyageur jusqu'à Lyon, et comme ça, ça nous fait un peu de conduite aussi.

Le trajet ne devrait pas être le plus éprouvant de ceux que Philippe a fait au manche du Picasso, la ligne entre Dijon et Lyon n'étant pas la plus difficile, il a connu pire lors de ses début à l'ABFC.

Ha c'est sur que c'est pas le tour du Jura, ou c'est là que j'ai conduit pour la première fois le Picasso. Au départ, j'ai fais une partie plate, ou c'est simple on va dire, après j'ai fais de la forte pente et forte rampe, là on en sort vraiment fatigué, parce-que jongler avec les régimes moteurs, les vitesses, c'est tout un art au départ, c'est pas évident. Là, maintenant ce qui est bien c'est que déjà, on est le seul Picasso de France à rouler sur le réseau ferré national et à 120 km/h, donc on en profite. Moi ce qui me fait le plus rire, c'est le regard des gens. Quand on passe dans des gares, il y a des gens qui ne sont pas au courant qu'on passe. C'est vrai que l'étonnement, la curiosité, c'est vraiment sympa !

La tête des conducteurs des nombreux trains que l'on a croisé entre Dijon et Lyon, on n'a pas vraiment eu le temps de la voir, mais ça devait être pas mal non plus.

Et pour ce qui est des surprises, Philippe en a eu une aussi. Notre Picasso est parti juste derrière un TER reliant Dijon à Lyon, tout en desservant un certain nombre de gares, il s'attendait donc plus ou moins à ce que nous puissions être arrêté à un moment ou à un autre pour éviter que nous le rattrapions. Cela s'est produit à l'entrée de la gare de Tournus, mais pas tout à fait pour les raisons attendues. En fait, il s'est très vite avéré, que cet arrêt était lié à un défaut de signalisation. Le sémaphore qui affichait un carré fermé, deux feux rouges qui signifient arrêt absolu, est très brièvement passé à voie libre, un feu vert, pour se remettre immédiatement en position carré fermé. A partir de là, il faut à l'agent de conduite descendre sur la voie, et utiliser le téléphone qui se trouve près du sémaphore pour appeler l'agent de circulation et s'enquérir de ce qu'il se passe. L'incident a été confirmé, le TER qui se trouvait devant nous était bien passé sans encombre, mais à cause de la pluie sans doute il n'a pas libéré le canton.

pour que vous compreniez ce qu'il s'est passé, et ce qui vous est sans doute déjà arrivé si vous prenez le train de temps en temps, lorsque plusieurs trains se suivent sur une même voie, une distance minimale d'environ 2 km doit être respectée entre chacun, on appelle ça un canton. Mais là, il se trouve que le TER devant notre autorail était bien plus loin, et que c'est le système de signalisation qui n'a pas fonctionné correctement. Quoi qu'il en soit, et même en sachant cela, un conducteur de train ne franchira jamais un carré, sans en avoir reçu l'ordre.

C'est pourquoi, Philippe et son CTT sont redescendus sur la voie, sont repartis près du téléphone papier et crayon en main, pour se faire dicter une dépêche, c'est à dire un ordre les autorisant dans ce cas précis, à passer devant le sémaphore resté au double feu rouge.

Bon l'opération a bien durée une bonne demie-heure au total, mais la sécurité est à ce prix. Et ce n'est pas tout.

Philippe donne le coup de sifflet réglementaire avant de redémarrer, de franchir le carré qui est resté fermé, ce qui va déclencher vous aller le voir un dispositif d'alerte supplémentaire.

Et voilà, en cas de franchissement d'un carré fermé, un pétard éclate au passage du train, pour rappeler le conducteur à l'ordre, et lui intimer un arrêt immédiat. Il devra être relevé par l'un de ses collègues, car il ne peut plus dans ce cas, continuer à conduire. Sauf bien sur, dans notre cas, ou Philippe avait reçu l'ordre via une dépêche de franchir ce carré. Voilà, pour le reste, le trajet c'est bien passé, Philippe a même réussi à récuperer un peu du retard pris, nous n'arriverons à Lyon-Perrache qu'un quart d'heure après l'horaire prévu. J'aurais bien aimé vous partager un peu plus d'images réalisés en ligne, surtout que la vue sur la voie est imprenable depuis le salon panoramique des autorails Picasso, mais malheureusement, la pluie s'est mise de la partie. Heureusement, le tournage du film ne prévoyait que des prises de vues à l'intérieur de l'autorail qui sera mis à cet effet sur l'une des voies en impasse du côté nord de la gare de Lyon Perrache. Le tournage a eu lieu le lendemain matin. A peine arrivé en gare, l'autorail a été pris d'assaut par une armée de techniciens qui y ont installé éclairage, matériel de prise de vue et de prise de son, ainsi que quelques éléments de décor. Les acteurs sont arrivés un peu plus tard dans la matinée, plusieurs prises ont été réalisées. Ils sont repartis comme ils étaient venus, et le ballet de techniciens a repris dans le sens inverse. Le Picasso a retrouvé son aspect habituel, et a pu repartir en fin de matinée à l'heure prévue. Dans quelques mois, il restera de toute cette agitation quelques secondes d'un film à découvrir en fin d'année sur grand écran, et bien sur, ce reportage d'Aiguillages.

pour ceux qui en veulent un peu plus, je publie un bonus sur cette chaîne et sur le site d'Aiguillages. Dans ce bonus, on fera notamment, un tour un peu plus technique de la cabine de conduite en compagnie de Philippe Moreaux. Pour y accéder, ainsi qu'à pas mal d'autres bonus publiés en complément des reportages mis en ligne sur cette chaîne, il vous suffit de la rejoindre comme membre, ou de passer en première classe. Vous trouverez tous les renseignements à ce propos sur la page Soutenir, du site d'Aiguillages. Je vous retrouve la semaine prochaine, pour de nouvelles aventures sur les rails.

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