La Gazelle,

une BB 63000 pas comme les autres

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La Gazelle, une BB 63000 pas comme les autres

Transcription :

Je vous emmène faire du train ? Allez, rendez-vous à Orbe en Suisse, à une 30 aine de km au nord de Lausanne. On va partager le temps d'une journée, le quotidien de Yves Lorimier qui est pilote de locomotives pour la société Travys, et qui voulait me faire connaître son métier, mais surtout une machine un peu particulière. Elle ressemble beaucoup à celles de la SNCF de la série des 63000/63500, mais elle n'a jamais roulé pour l'entreprise nationale. Ici on l'a surnomme « la Gazelle » ou « la Stroumphette ». Sa mission : aller chercher des wagons un peu plus loin sur le réseau des Chemins de Fer Fédéraux, les trier et les mettre à la disposition de différents clients embranchés, avant de reconstituer un train entier qui sera garé, prêt à partir en gare de Chavornay.

Le terrain de jeu de cette machine n'est pas très étendu, un peu moins de 4 km séparent la gare de Chavornay du dépôt de Orbe, mais il est historique. Cette ligne est la première de Suisse à écartement normal à avoir été électrifiée. En 2019, elle a fêté ses 125 ans. Pour ce qui est de son actualité, depuis le début de cette semaine, le 4 juillet, les circulations voyageurs qui avaient du être interrompues il y a un peu plus d'un an, ont repris grâce à des tramways venus d'Allemagne. Je vous raconte tout ça et pas mal d'autres choses encore dans le reportage d'aujourd'hui. N'oubliez-pas que c'est bientôt la fin de la 14ème saison d'Aiguillages, je vous dis ce qu'il en est et ce qui vous attend cet été sur cette chaîne à la fin de cette vidéo. Bonjour et bienvenu dans Aiguillages !

Orbe, c'est une ancienne ville qui était déjà établie à l'époque romaine. Elle doit son nom et son développement économique à la rivière qui l'a traverse. De nombreuses industries s'y sont installées pour bénéficier de l'énergie produite par les usines hydro-électriques toutes proches. Le train y est arrivé en 1894. Il est exploité par la Société Anonyme des Usines de l'Orbe, une entreprise à la fois de transport ferroviaire et de production d'électricité. D'ailleurs, dès sa construction la ligne conduisant à Chavornay a été électrifiée, ce qui permettait de réaliser de très grosses économies de fonctionnement par rapport à la traction vapeur. A l'époque, elle était alimentée en 600 volts courant continu, tension qui sera par la suite portée à 750 volts et qui est encore la sienne aujourd'hui, ce qui en fait la particularité puisque le reste du réseau à voie normale électrifié en Suisse est alimenté en 15000 volts 16,7 Hertz.

Si néanmoins, on roule maintenant dans une locomotive diesel, c'est parce-que les clients embranchés ont du renoncer à l'alimentation électrique du fait des coûts de fonctionnement et d'entretien trop importants qu'elle induit, pour assurer seulement quelques mouvements de trains par jour.

La ligne qui part d'Orbe est à écartement normal, mais à voie unique. Elle est en légère pente jusqu'à la halte de Saint-Eloi. Avant de la rejoindre, elle passe par un court tunnel et franchit l'Orbe sur un grand pont offrant une belle perspective sur la ville. Le bâtiment de la halte est des plus simples, mais dans un style typique de chalet Suisse. Après l'avoir dépassé, le parcours se prolonge par une grande courbe où la pente est de 30 pour mille. On arrive alors à la gare des Granges, d'où partent plusieurs embranchements dont le plus important en termes de trafic dessert les usines Nestlé situées de l'autre côté de la route. La voie poursuit alors dans le fond de la vallée jusqu'à la gare de Chavornay, qu'elle atteint après avoir franchi une rampe de 5 pour mille. Ici les voyageurs doivent changer de train pour poursuivre leur trajet via la ligne dite du «Pied du Jura» qui relie Lausanne à Bienne. Ceci du moins en attendant la construction à venir d'une boucle de raccordement qui permettra une connexion directe à Orbe. La municipalité de cette commune a en effet la volonté d'intégrer sa desserte au Réseau Express Régional Vaudois et de permettre à ses concitoyens d'atteindre Lausanne par le train, sans avoir à faire de correspondance en gare de Chavornay. Un projet qui entrainera de gros travaux car il faudra basculer l'alimentation de la ligne des 750 volts continu actuels au 15000 volts courant alternatif en vigueur sur le réseau CFF, mais aussi changer toute la signalisation et les systèmes de sécurité, sans compter un certain nombre d'aménagements qui seront à réaliser dans les gares pour les rendre accessibles, et en allonger les quais, trop courts, pour les rames en circulation sur ce réseau.

En attendant, le trafic voyageur qui avait du être interrompu pour une toute autre raison il y a un peu plus d'un an maintenant a pu être rétabli cette semaine.

La ligne étant très courte, sa desserte n'était assurée que par un seul engin automoteur, la Be 2/2 N°14 qui a connu l'an dernier une grave avarie sur son système de freinage, obligeant Travys, la compagnie qui l'exploite la ligne à organiser une desserte de substitution par autobus, car des automotrices de remplacement à l'écartement normal et capables de fonctionner sous 750 volts, ça ne se trouve pas si facilement que ça, et en tous les cas, pas en Suisse. C'est donc en Allemagne, auprès de la Stadtbahn de Karlsruhe, que Travys a trouvé son bonheur. Deux rames de tram-trains dont l'entreprise allemande n'avait plus besoin après le renouvellement de sa flotte. Celles-ci après les modifications nécessaires pour les adapter aux normes Suisses et la formation des conducteurs ont pu enfin prendre le relais. Ces images sont celles de leurs ultimes marches d'essai servant à la certification de leurs premiers pilotes.

Mais à présent, intéressons-nous plus spécifiquement au trafic marchandise.

Il est assuré depuis la gare des Granges par 3 locomotives diesels, la Gazelle étant la toute dernière arrivée en renfort il y a près d'un an à Orbe. Il s'agit de ce que l'on appelle chez nous, un service de wagons isolés. Il y a du trafic de bois, de déchets végétaux, d'ordures ménagères, mais l'essentiel des mouvements est lié à la desserte des usines Nestlé où 3 à 4 fois par jour, il s'agit d'amener des wagons chargés de matières premières ou vides pour qu'ils soient chargés de produits finis qui partiront ensuite dans le monde entier par le train. A l'intérieur de l'usine, deux secteurs sont desservis par celui-ci. La branche Nestlé elle-même où sont fabriqués les produits Nescafé entre-autre et la partie Nespresso où est également produit le thé. Selon ce qui part, différents types de wagons doivent être mis à la disposition de l'entreprise. Deux allers-retours sont ainsi organisés très tôt chaque matin, et un train dédié au Nescafé que les employés ont baptisé le Georges Clooney sort de l'usine autour de midi.

Yves nous a concocté un programme plutôt confortable, parce-que en réalité, la journée des équipes de chez Travys commence dès 4 heures du matin. Je l'ai quand à moi rejoint vers 8 heures, pour un départ du dépôt à 9. Rien que de très raisonnable.

La ligne Orbe-Chavornay est équipée d'un bloc automatique à commande manuelle. En Suisse, certains conducteurs sont habilités à manipuler les coffrets de blocs et les différents enclenchements, ce que Yves va faire maintenant pour annuler l'autorisation de manœuvrer qui nous a autorisée tout à l'heure à franchir le feu rouge pour aller nous arrêter quelques dizaine de mètres plus loin avant de revenir sur une autre voie à quai. A partir de cette annulation, le rouge devient infranchissable. Yves va aller redémarrer la locomotive et en vérifier les feux, trois blancs à l'avant et deux rouges à l'arrière, et va pouvoir demander l'autorisation de départ. Une fois celle-ci obtenue auprès du centre de régulation de la ligne, il va se livrer à de nouvelles manipulations sur le boîtier commandant le bloc automatique. Il va cette-foi-ci, demander le passage du signal de sortie au vert, ce qui va provoquer la fermeture de celui placé dans l'autre sens. Désormais, plus aucun train ne peut s'engager sur la ligne depuis la gare des Granges située à environ deux kilomètres dans le sens de la montée, et lorsque notre locomotive aura franchi le signal de sortie, celui-ci se refermera également, interdisant toute nouvelle circulation derrière nous, tant que nous nous n'auront pas dégagé le canton.

Je vais profiter de ce court voyage pour vous dire deux mots de l'entreprise qui exploite cette ligne.

Travys, fait partie de la cinquantaine d'opérateurs privés qui interviennent en Suisse dans le domaine du transport public de voyageurs et de marchandises. Elle opère dans le nord du canton de Vaud, comme son acronyme le laisse entendre. Il s'agit des Transports de la Vallée de Joux, Yverdon-les-bains, Sainte-Croix. L'entreprise a été fondée en 2001 sur la base de la fusion de trois sociétés : les Transports Publics Yverdon-Gransson, la Compagnie du Chemin de Fer Yverdon-Sainte-Croix, et celle du Chemin de Fer Pont-Brassus. Elle exploite désormais trois lignes ferroviaires, Vallorbe-Le-Brassus, Yverdon-Sainte-Croix qui est à voie métrique, et Orbe-Chavornay, ainsi qu'un ensemble de lignes de bus urbains et interurbains. Son siège est à Yverdon.

Et nous voici arrivé aux Granges.

Comme je vous le disais en introduction de ce reportage, la Gazelle est une locomotive qui est arrivée en renfort, ce n'est habituellement pas elle, mais des machines plus puissantes qui assurent l'essentiel du service. L'une d'elles est déjà à pied d'oeuvre et a commencé à faire ses premières manœuvres tôt ce matin. Pour les besoins de ce reportage, c'est la Gazelle qui va prendre le relais. On va donc partir une première fois vers Chavornay pour aller chercher les wagons du train du Nespresso qui y sont arrivés. Le temps de prendre avec nous l'équipe qui opérait sur l'autre machine, et nous voici parti. Cette section de la ligne est relativement plane et droite. Il n'y a que sur les dernières centaines de mètres que l'on a affaire à une nouvelle rampe. On aperçoit sur la droite d'autres entreprises embranchées chez qui nous n'auront pas à aller aujourd'hui. A l'arrivée à Charbonay, le signal rouge matérialise la fin du domaine Travys et par la même, celui de la ligne électrifiée en 750 Volts. Au delà, les emprises appartiennent aux CFF. La Gazelle va devoir s'y engager pour aller chercher ses wagons, mais pour cela, son équipe de conduite doit appeler la régulation à Lausanne cette fois-ci pour demander que son itinéraire soit tracé. L'autorisation de s'engager sur les voies de la gare, lui sera donnée par ce signal nain, qui est l'équivalent du feu violet à la SNCF. Deux ampoules éclairées à l'horizontale signifient que la voie est fermée. Le sabot dérailleur placé sur le rail en interdit tout franchissement intempestif. Une fois l'itinéraire tracé, l'éclairage se présentera en diagonal et le sabot dérailleur sera escamoté pour laisser passer le train, selon une avance prudente : une marche limitée à 30 km/h.

L'équipe est allée chercher les wagons sur l'une des voies de garage, la 31, elle va maintenant les ramener en refoulant.

Toutes ces manœuvres prennent un peu de temps, car pour chaque changement de voie, il faut que l'équipe rappelle la régulation pour demander le tracé du nouvel itinéraire. Ici, comme en bien d'autres endroits, il y avait autrefois un agent installé dans un poste local qui prenait en charge ce trafic. Depuis la plupart des petits postes d'aiguillage ont été fermé, et pour la région, l'ensemble des aiguilles est désormais commandé depuis un poste centralisé et informatisé basé à Lausanne. Pour se ré-engager sur la ligne conduisant à Orbe, la Gazelle et son convoi vont devoir passer une première fois devant nous, avant de repartir dans l'autre sens, et de refouler après un ultime changement de sens jusqu'à la gare. Comme on le voit ici, maintenant que la locomotive est de nouveau en tête de son train, le but de l'opération est de repositionner le convoi sur une voie permettant d'accéder à la ligne. Pour limiter le nombre de changements de bout et donc gagner pas mal de temps sur les manœuvres à opérer, lorsque la météo le permet, la rame est refoulée jusqu'à la gare des Granges. Cette configuration implique qu'un membre de l'équipe se positionne sur le wagon de tête, pour guider le conducteur de la machine qui n'a lui aucune visibilité. C'est ce bip se produisant à intervalle régulier qui lui donne l'ordre d'avancer, en marche prudente. L'agent situé à l'avant du train, confirme via la radio au conducteur la bonne fermeture des passages à niveau. Au moment de s'immobiliser, il indique en nombre de wagons puis en mètres, la distance à laquelle s'arrêter. Mais les manœuvres sont loin d'être achevées. Avant de rentrer ces nouveaux wagons chez le client Nestlé, il va falloir à l'équipe aller chercher ceux qui ont été remplis entre-temps. Nous voici donc repartis vers Chavornay pour remonter ces 7 wagons sortis de l'usine, et aller les positionner sur la voie de départ à partir de laquelle, un autre prestataire intervenant pour le compte de CFF Cargo les prendra en charge jusqu'au triage le plus proche. De là, ils seront insérés dans des trains plus longs, en fonction de leur destination. Certains conteneurs partent ainsi jusqu'en Chine.

Et le ballet va ainsi continuer le reste de la journée.

La Gazelle va dans un premier temps redescendre haut-le-pied aux Granges, pour une nouvelle mission. Pendant qu'elle vaquait à ses occupations, des clients sont venus sur le site de la gare pour charger et décharger d'autres wagons. En particulier ceux transportants des ordures ménagères. Il va falloir maintenant trier ceux qui doivent partir et les autres, et composer un nouveau train à destination de Charvornay.

Viendra alors, l'heure de la pause déjeuner avant celle du fameux train Georges Clooney.

Dans la perspective de la reprise des circulations voyageurs sur la ligne, Travys a programmé ce jour-là des marches d'essai des deux tramways, qui vont profiter de l'arrêt momentané des manœuvres des trains de marchandises pour effectuer un aller-retour entre Orbe et Chavornay. Des circulations qui vont servir à valider les premiers pilotes qui seront amenés à les conduire. S'agissant d'une formation, les trajets réalisés peuvent ainsi potentiellement prendre un peu plus de temps que de coutume, en fonction de ce que les instructeurs souhaiteront faire subir comme épreuves aux futurs conducteurs. Pendant que la dernière rame de tram-train s'est élancée vers Chavornay, la Gazelle a de nouveau pénétré dans les enceintes de l'usine Nestlé. Elle est parti chercher les derniers wagons de la journée. Ceux-ci vont rester en stationnement quelques minutes, le temps qu'un agent de CFF-Cargo en fasse une tournée d'inspection. Comme ces wagons sont amenés à circuler sur le réseau ferré national Suisse, il vient vérifier leur bon arrimage, les attelages, mais aussi que les étiquetages sont bien en place, précaution indispensable pour qu'ils soient une fois arrivés au triage correctement affectés au bon convoi en fonction de leur destination finale. Le bulletin de marche étant en bon ordre et maintenant entre les mains de Yves, le tramway étant redescendu de Chavornay, nous allons pouvoir repartir à notre tour, déposer ce dernier ensemble de wagons de la journée. Pour la petite histoire, il est à noter que sur cette ligne les anciennes automotrices de la ligne C du métro lyonnais dont je vous ai parlé dans des reportages que vous retrouverez sur cette chaîne étaient venues faire des essais, car comme je vous l'indiquais en début de reportage, les lignes à écartement normal alimentées en 750 volts ne sont pas légion.

Et voilà pour ce qui est du quotidien d'un pilote de locomotives sur cette ligne très particulière d'Orbe à Chavornay, dites-moi en commentaires si vous la connaissiez et si vous avez apprécié ce reportage. Je remercie de mon côté, Yves Lorimier qui en a été à l'origine, les équipes de chez Travys qui m'ont accompagné tout au long de leur journée de travail dans leurs nombreux allers-retours et non moins nombreuses manœuvres, ainsi que la direction de l'entreprise qui a autorisé ce tournage. Pensez à vous abonner à cette chaîne si ce n'est pas encore fait, pour ne surtout pas manquer le reportage de la semaine prochaine par exemple, puisque ce sera le dernier de la 14ème saison d'Aiguillages, en plus il sera diffusé un 14 juillet, jour de fête nationale en France, alors je ne vous en dit pas trop, mais il se pourrait bien qu'il se passe à cette occasion, quelque chose d'un peu particulier. Mais aussi parce-que tout l'été, sur cette chaîne, je vous proposerai une série de bonus. Des vidéos plus courtes et moins travaillées que les reportages réguliers, mais qui me permettront de vous proposer des contenus qui n'ont pas trouvé leur place ailleurs dans le courant de la saison. Vous retrouverez ainsi dans l'un d'entre eu Yves Lorimier qui vous fera découvrir d'encore plus près, la Gazelle. Je me réjouis de vous retrouver en attendant la semaine prochaine pour partager avec vous mes plus récentes découvertes ferroviaires.

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