La ligne rive droite du Rhône revoit s'arrêter

des trains de voyageurs

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La ligne rive droite du Rhône revoit s'arrêter des trains de voyageurs

Transcription :

Depuis le lundi 29 août 2022, les habitants du Gard Rhodanien peuvent de nouveau prendre le train pour se rendre à Avignon ou même Nîmes au départ de Pont-Saint-Esprit ou Bagnols-sur-Cèze et mine de rien, c'est une petite révolution qui vient de se produire sur la rive droite du Rhône où ne circulaient quotidiennement plus qu'une vingtaine de trains de fret. Depuis près de 50 ans, aucun train de voyageurs ne s'était plus arrêté dans aucune des gares de la ligne. Dans un premier temps, ce sont 5 allers-retour quotidiens qui seront assurés et deux gares intermédiaires qui seront desservies, mais cette situation devrait rapidement évoluer.

Alors pourquoi est-ce que c'est important, pourquoi est-ce que c'est historique ? Quelles sont les perspectives que cette réouverture de ligne permet d'entrevoir ? Je réponds à ces questions et à quelques autres encore dans cette vidéo inaugurale de la 15ème saison de ce magazine. Sur cette chaîne, je vous parle de tourisme et de patrimoine ferroviaire, et c'est bien ce dont il va être question aujourd'hui encore, avec l'inauguration de la réouverture au trafic voyageurs d'une partie de cette ligne plus que centenaire. Restez-bien jusqu'à la fin, j'ai une annonce importante à vous faire quand à la vie de cette chaîne, bonjour et bienvenu dans Aiguillages !

La rive droite du Rhône, c'est une ligne qui a été établie à la fin du XIX ème siècle par la Compagnie du Paris-Lyon-Méditerranée pour doubler sa célèbre ligne impériale dans le sud de la France, et lui servir au besoin de voie de délestage. Mais toutes les grandes villes de cette région de Vienne à Avignon, en passant par Valence et Montélimar ou encore Orange étant situées sur l'autre rive du Rhône, elle ne connaîtra bien évidement jamais le même succès de fréquentation, étant surtout dédiée à assurer un trafic local, et sa construction ne sera pas non plus réalisée dans les mêmes conditions. Elle est constituée de plusieurs tronçons qui ont été mis bout à bout, dont certains étaient à l'origine des antennes locales. De plus, son profil est beaucoup moins favorable que celui de sa voisine d'outre Rhône. Son ouverture a été progressive et s'est étalée de 1874 à 1880. Elle n'a été électrifiée qu'un siècle plus tard. Elle a pour origine la gare de Givors-Canal au sud de Lyon et se termine à Grezan, un quartier de la ville de Nîmes. La gare qui avait été construite au début de l'exploitation de la ligne a été fermée en 1950, et ses bâtiments ont été démolis par la suite. Du temps de son exploitation, la ligne de la rive droite du Rhône desservait 17 gares tout au long de son parcours sur 250 km. Son trafic a commencé à décliner avec l'électrification de la ligne impériale sur la rive gauche du Rhône, qui s'est achevée au début des années 60. Elle ne fut dès lors plus guère empruntée que par des autorails assurants une desserte locale.

La suite de l'histoire on ne l'a connait que malheureusement trop bien, arrivent les années 70 et l'ère du tout pour la voiture et le transport routier.

Le 6 août 1973, marque la fin du service voyageurs sur cette relation qui reste néanmoins ouverte au fret. Quelques convois de passagers continueront à l'emprunter : des trains de nuit, ou détournés en raison d'un incident ou d'un trafic trop important sur la ligne impériale. Mais la parcourir n'est pas très commode. Equipée d'une signalisation peu performante, le Block Manuel, elle ne permet qu'un faible débit, qui plus est, n'étant pas alors électrifiée, il faut placer des locomotives diesels à l'avant de chaque train souhaitant s'y engager. Les perspectives de développement des activités du port de Fos-sur-Mer, celles de l'arrivée du TGV rendant nécessaire des possibilités de délestage plus performantes, pousseront malgré tout à sa modernisation. Le Block Automatique Lumineux qui permet la circulation d'un plus grand nombre de trains sur une même voie y sera alors déployé ainsi que l'électrification qui sera achevée en 1979.

Mais toujours pas de trains de voyageurs …

Pourtant à peine la ligne fermée, des comités d'usagers se sont constitués pour en réclamer la réouverture. En Ardèche département jouissant du triste privilège d'être le seul de France ou il n'est plus possible de prendre le train depuis sa fermeture en 1973, mais aussi dans le Gard. En 2016, la région Occitanie lance les Etats Généraux du Rail et de l'intermodalité. S'en suivront toute une série de réunions publiques et le lancement d'une 10 aine de chantiers, dont celui de la ré-ouverture au trafic voyageur de la partie sud de la ligne de la rive droite du Rhône. Une nouvelle concertation, spécifique à ce projet sera lancée fin 2019 afin d'en préciser les contours. Il s'agit d'exploiter 10 points de desserte, Pont-Saint-Esprit, Bagnol-sur-Cèze, Laudin-L'Ardoise, Roquemaure, Villeneuve-les-Avignon, Avignon-Centre, Aramon, Remoulins, Marguerittes et Nîmes-Centre. 8 d'entre-eux sont à réaménager. En effet, même si certaines gares subsistent, elles ne répondent plus aux normes actuelles d'accessibilité, et leurs quais sont souvent trop courts pour accueillir le matériel roulant actuel. Dans les gares desservies, des passerelles ou des passages souterrains doivent être construits, sur la ligne, les passages à niveau doivent être adaptés à ce nouveau flux de trafic.

Un autre grand chantier sera finalement laissé de côté et remis à plus tard pour permettre une réouverture plus rapide de la ligne.

Dans le projet initial, il avait été prévu de créer une voie de stationnement et une voie de service en gare de Pont-Saint-Esprit, pour permettre le retournement des trains. En repoussant cette réalisation à plus tard, plusieurs mois de travaux ont pu être économisés, même si cela se fait au prix d'une situation provisoirement assez ubuesque. En effet, pour repartir dans l'autre direction, en l'absence qu'équipements adéquats, les trains vont devoir parcourir à vide une 40 aine de km pour atteindre la gare du Teil, où cette manœuvre est possible. Mais cette gare étant d'une part située en région AURA et non plus en Occitanie, et ses équipements n'étant pas aux normes pour accueillir du public, il ne sera pas possible d'y prendre de voyageurs.

Heureusement, cette situation ne devrait pas durer éternellement. La réouverture de la gare du Teil au service voyageur devrait intervenir en février 2024, et devrait s'en suivre la création sous l'égide de la région AURA cette fois-ci, d'une liaison TER entre Romans-sur-Isère, Avignon et Nîmes en 2026, via Le Teil, Valence-TGV et Valence-Ville.

Dans sa partie sud entre Pont-Saint-Esprit et Nîmes, le coût total des travaux est estimé à une centaine de millions d'euros. La région Occitanie s'est dores et déjà engagée à la hauteur de 12 millions pour financer les études préalables et les chantiers de première nécessité. Deux pôles d'échanges multimodaux sont ainsi en cours de réalisation à Pont-Saint-Esprit et Bagnols-sur-Cèze. Six autres suivront. Ils permettront aux cars et aux voitures de stationner facilement pour faire correspondance avec le train.

Et l'heure de l'inauguration est venue !

Ce dimanche 28 août 2022, un train inaugural à quitté Nîmes à 10h46 embarquant dans l'une de ses rames des habitants de la région concernée qui se sont largement impliqués dans le projet et dans l'autre la presse et les élus de la région Occitanie, dont Carole Delga, sa présidente. Dans un premier temps le train a regagné la gare d'Avignon en passant celle de Remoulins qui devrait être ré-ouverte à son tour en 2026 une fois que ses installations dont ses quais seront remis aux normes. Dans la capitale du Vaucluse, le train a fait une halte le temps de prendre quelques autres voyageurs et pour laisser le temps au conducteur de changer de bout pour s'engager dans la partie de la ligne qui a fait l'objet de cette réouverture. Si cette manœuvre est nécessaire, c'est qu'Avignon, se trouve sur l'autre rive du Rhône, et accessoirement en région Paca, mais c'est la destination principale des habitants du gard Rhodanien. Les trains dont l'origine ou la destination est Nîmes sont donc amenés à traverser deux fois le Rhône.

en empruntant non pas le pont, mais le viaduc d'Avignon, ce qui est plus sur pour arriver de l'autre côté.

Le viaduc d'Avignon c'est l'un des plus importants ouvrages d'art du parcours, il a été construit en acier entre 1898 et 1905 par la société Fives-Lille. Il mesure 553 mètres de long pour 11 de haut. Il est composé de 8 travées qui reposent sur 7 piles implantées dans le fleuve. C'est précisément pour raccorder les lignes Paris-Lyon-Marseille et Lyon-Nîmes ou rive droite du Rhône qu'il a été construit. Bombardé en 1944, il est tombé dans le fleuve, et a été reconstruit à l'identique après la guerre, pour être remis en service en 1947. Entre Nîmes et Pont-Saint-Esprit, le parcours est long de 82 km et est réalisé en 1 heure et 20 minutes, mais pour cette réouverture, c'est surtout sur la section Pont-Saint-Esprit – Avignon que l'accent a été mis, seul un aller retour quotidien est programmé sur la totalité de la ligne. Les 4 autres seront limités à la capitale du Vaucluse, et ce trajet là est réalisé en 35 minutes, contre une 50 aine par la route. Ce rythme de 5 relations quotidienne sera maintenu pendant deux ans, après quoi, il devrait passer à au moins 9 allers-retours.

Côté tarif, l'Occitanie tient à conserver son titre de région TER la moins chère de France

Pendant le 1er mois, tous les trajets sur cette ligne seront à 1euro, après quoi, ils passeront à 3,6 ou 9 euros en fonction du parcours souhaité, et les tarifs habituellement en vigueur dans la région s'appliqueront. Il y aura toujours des billets à 1 euro, mais en quantité limitée, les jeunes de moins de 26 ans bénéficieront de tarifs à 50% pour leurs 10 premiers trajets, les 10 suivants seront gratuits, et du 20 ème au 30ème parcours, ils alimenteront une cagnotte qui leur permettra de financer leurs déplacements du mois suivant. Les seniors bénéficieront toujours également de réduction. 10% sur le premier trajet, 20 sur le second, jusqu'à 50% à partir du 5ème. A noter qu'il existe aussi dans la région un tarif social sous condition de ressources, et bien sur des abonnements.
En attendant pour fêter le retour des trains de voyageurs sur la ligne de la Rive Droite du Rhône, 1500 personnes sont venues à Bagnol-sur-Cèze et Pont-Saint-Esprit participer aux festivités organisées par la région, certains attendaient le retour du train dans ces gares depuis bientôt une 50 aine d'années, il n'y a plus qu'a espérer que le même engouement se manifestera dans les jours à venir et que les habitants de la région seront nombreux à emprunter le train, voire que des touristes en profiteront pour aller visiter les communes desservies. La région espère qu'à terme ce sont pas moins de 200 000 personnes qui emprunteront cette ligne, et a dans l'idée d'en rouvrir d'autres telles que celles de Alès à Bessèges et de Montréjeau à Luchon en ayant recours à la même technique que pour la rive droite du Rhône, à savoir le pilotage direct des chantiers pour en accélérer l'avancement.

Et vous, avez-vous déjà emprunté cette ligne de la rive droite du Rhône, à l'époque ou elle était encore en service, ou à l'occasion d'un délestage peut-être ? Vous pouvez me raconter en commentaires vos souvenirs de votre passage dans la région, et me dire aussi, si vous vous réjouissez de cette perspective de voir de plus en plus de petites lignes laissées plus ou moins à l'abandon renaître ainsi. Quand à moi je vous retrouve très bientôt. Attention dans les prochaines semaines il y aura un peu moins de reportages que par le passé sur cette chaîne, je n'en publierai que les semaines impaires, le temps de résorber une grosse surcharge de travail, le mieux pour être sur de ne pas rater le prochain est de vous abonner et de cliquer sur la petite cloche, vous serez ainsi prévenu de la mise en ligne de ma prochaine vidéo dès qu'elle sera disponible.





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