Aiguillages, tourisme et loisirs ferroviaires

Le Vapeur Val de Travers

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Le Vapeur Val de Travers

Transcription :

L'association Vapeur Val de Travers c'est d'abord la plus grande collection de locomotives à vapeur en Suisse. 11 d'entres elles sont préservées par ses membres dans ce hangar, situé tout près du quai de départ. Enfin, en temps normal, car en cette année 2015, l'ordre des choses est quelque peu perturbé par d'importants travaux réalisés sur les voies des Chemins de Fer Fédéraux Suisses, qui ont entraîné l'isolement des voies du VVT. Pour quelques mois, l'association ne peut plus faire circuler de trains entre son faisceau de voies et la gare toute proche de Fleurier, un aiguillage donnant accès au réseau ferré national ayant du être démonté. Pour lui permettre de maintenir ses circulations, l'association a obtenu l'autorisation de garer quelques voitures voyageurs sur une voie de garage dans une gare des CFF et une locomotive dans un dépôt de trains régionaux de la TransN, la structure organisatrice des transports publics dans le canton de Neuchâtel. C'est là que nous retrouvons Dominique et Pablo deux jeunes passionnés, qui ont décidé de relever un défi : organiser un voyage d'une journée complète au temps de la vapeur à bord d'un train pour un périple à travers la Suisse, de Fleurier, à Vevey, en passant par Neuchâtel, Yverdon les bains, et Lausanne, et emmener plus de 200 personnes, au Festival Vapeur d'un autre grand nom du patrimoine Ferroviaire Suisse, le musée du Blonay Chamby. Une grande première pour les membres de l'association. Un voyage de près de 500 km aller/retour. Pour l'heure nous n'en sommes qu'au moment des préparatifs, celui de lustrer la mécanique, et de penser à la mise en chauffe tranquille de la machine. Il est à peine 9 heures du matin, nous sommes dimanche, le train partira demain matin à la première heure. Du bois a été introduit dans la chaudière, c'est le moment tant attendu de la première étincelle.

Dominique allume le feu en différents point du foyer à l'aide d'un tissu imbibé d'essence. Il n'y aura plus qu'à remettre un peu de bois de temps à autre, et à surveiller la lente montée en pression de la machine.

On compte environ 8 heures de préparation pour chauffer la machine tranquillement, pour dilater la chaudière régulièrement, pas faire trop de feu.
Là vous commencez par un feu au bois, du coup ?
Un feu au bois avec des chiffons imbibés de gasoil, et après on va passer avec du plus gros bois, et après avec du charbon. On a surveillé toute la journée, là dans 45 minutes on va passer avec du plus gros bois, on va chauffer pendant plusieurs heures avec du gros bois et puis on passera au charbon vraiment dans l'après-midi. Là on est à 2h30, on va commencer à décoller. On compte 3 heures pour avoir un bar de pression et c'est l'étape la plus importante au niveau de la mise en pression.

La locomotive est une BR 52 d'origine Allemande, la BR 52 221 construite pendant la guerre en 1943. Elle pèse 150 tonnes, embarque 10 tonnes de charbon et 30 m3 d'eau. Elle est de type Decapod, c'est à dire qu'elle compte 10 roues réparties sur 5 essieux moteurs. C'est une 150, puisqu'elle est également équipée d'un essieu porteur à l'avant. Avec ce type de configuration, c'est très clairement la puissance qui était recherchée. Ces locomotives ont principalement été construites en Allemagne, pays qui à lui seul fut à l'origine de la construction de plusieurs milliers de machines de ce type, pour tracter de lourds convois de marchandise. La conception de ces locomotives est radicalement différente de celles que nous connaissons en France. Pour faciliter la maintenance des différents organes de traction, la chaudière est ainsi portée très haut par la machine, ce qui donne un accès plus facile aux différentes pièces.

La BR 52 221 a été récupérée par l'association en 1992, et est sortie de révision en 2007. Des 11 locomotives que possède le Vapeur Val de Travers, c'est la plus grosse en état de marche, celle qui est utilisée pour réaliser les trains longues distances et les trains réguliers entre Saint-Sulpice et Neuchâtel. La journée de demain promet d'être longue, mais la nuit qui va la précéder plutôt courte. Le départ du train est programmé à 6 heures du matin en gare de Fleurier. Auparavant Dominique et Pablo auront du veiller aux derniers préparatifs, et aller chercher la rame à quelques kilomètres de là. Le retour n'est pas prévu avant 20 heures.

Les soupapes s'étant soulevées, la machine sifflotant gentiment, aucune avarie particulière n'ayant été constatée, c'est décidé, il est l'heure d'aller se coucher ! Pour l'équipe de conduite le réveil sonnera à une heure du matin. A 2 heures, Dominique et Pablo rallumeront la machine.

Par chance, en cette fin de mois de mai, le jour se lève assez tôt pour que l'entrée en gare de la BR 52 puisse être filmé dans de bonnes conditions de lumière. Il est presque 6h5, le grand voyage va pouvoir commencer. Sur ce type de relation, le respect de l'horaire est essentiel. Entre Fleurier et Neuchâtel, notre train devra s'intercaler dans les circulations des express régionaux dont les horaires sont cadencés. Plus loin, alors que nous longerons le lac Léman notamment, il nous faudra à plusieurs reprises nous ranger sur une voie de débord pour laisser passer quelques express, voir des des TGV. Mais nous arrivons sans encombre à Vevey. Notre BR 52 s'avance jusqu'au pont tournant, rien que pour le plaisir des photographes, car elle est bien trop grosse pour pouvoir être manœuvrée dessus. C'est une locomotive du Blonay-Chamby qui profitera de ce privilège. Notre trajet n'est pas terminé. Arrivé à Veuvey, nous allons prendre une correspondance et de l'altitude pour nous rendre au musée du Blonay Chamby. Pour ce faire, nous aurons droit à une triple traction vapeur. Nous sommes ici dans une région que l'on appelle la Riviera Vaudoise. Il suffit de jeter un œil au panorama qui se révèle peut à peut à nos yeux, pour comprendre pourquoi. La ligne est à voie métrique. Elle partage ses premiers km avec d'autres compagnies de chemin de fer, comme le Mob notamment, avant de poursuivre encore son ascension vers le musée. 6 km à peine, mais au combien spectaculaires. Dans le haut du parcours, le franchissement du viaduc de la Baye de Clarens, contraint les mécaniciens à désolidariser les trois locomotives. Les deux premières s'engagent seules au delà de l'ouvrage d'art, la troisième tractant notre convoi sur quelques dizaines de mètres pour s'y atteler de nouveau. Le but étant d'éviter de faire supporter à ce viaduc, un poids trop important. Comme le reste de la ligne, il a été construit au tout début du Xxème siècle, et il convient de préserver ses vieilles artères. Notre convoi continue de monter en s'enfilant dans la montagne, passant sous le musée, puis le dépassant. Le manque de place ici est criant. Pour pouvoir s'engager sur les voies du dépôt, les trains doivent par conséquent parcourir encore quelques 10aines de mètres avant de rebrousser chemin. Et ce qui nous attend au musée est impressionnant. Le musée du Blonay-Chamby est un musée vivant, et même très vivant. L'essentiel des locomotives à vapeur de sa collection est en chauffe pour ce jour de festival. Des trains électriques sont également mis en circulation. Sans compter les locotracteurs qui assurent d'incessantes manœuvre pour former ou remiser les rames. C'est simple, il ne se passe pas une seconde, sans qu'un convoi ne se déplace sur les voies du musée, ou sont habituellement exposés une 60aine de véhicules répartis dans deux grand halles. Comment font les chefs de gare pour s'y retrouver et que tout se passe pour le mieux. Mystère, mais le fait est de constater que malgré ces incessants mouvements de va et vient, tout se passe pour le mieux. Nous ne pourrons rester que quelques heures sur le site, qui se révèleront bien courtes pour pouvoir tout vous montrer. Mais, en bas, à Veuvey, le train spécial du Vapeur Val de Travers nous attend pour le chemin du retour. C'est à bord d'un train électrique que nous ferons le chemin du retour vers les bords du lac Léman, avant de retrouver Dominique et Pablo et notre BR 52 à Vevey pour mettre le cap vers Fleurier. A défaut d'avoir pu profiter du festival, l'équipe de conduite a essayé de se ménager quelques heures de repos. Dominique et Pablo se relayent à la chauffe, car la réglementation en Suisse fait que seul des pilotes dotés d'un brevet peuvent conduire les trains. Ce sont par conséquent différents pilotes des Chemins de Fer Fédéraux Suisses qui assureront la conduite, chacun sur une portion du parcours. Et pour nos chauffeurs, le chemin du retour ne sera pas non plus de tout repos. Les derniers kilomètres nous amènent à franchir une rampe de 23 pour mille sur une 15 aine de kilomètres, ce qui nécessitera de pelleter environ 2 tonnes de charbon, tout cela après une journée déjà bien remplie. Pas de quoi saper le moral de Pablo qui pense déjà aux prochains voyages à organiser et à l'anniversaire de l'association.
Malgré son jeune âge, 19 ans, Pablo a déjà a son actif une 10aine d'années au service du VVT. Il faut dire que sa passion de la vapeur l'a pris très jeune.

J'étais petit, j'avais 2-3 ans la première fois que j'ai vu une locomotive, je suis tombé amoureux. On va fêter nos 30 ans cette année et l'année prochaine, sur deux ans. Comme on est coupés du réseau à cause des travaux en gare de Fleurier, on va faire sur deux ans. Ça nous permettra de remettre des locomotives en service, dont la Cockerill, qui est la première locomotive du VVT. On va essayer de faire ça pour l'année prochaine.

Si à la fin d'une journée comme celle-ci, et malgré la fatigue accumulée vous demandez à Pablo s'il est près à recommencer. Vous ne serez probablement pas surpris de sa réponse !

Quand on voit les clients qui sont contents, 1200 personnes dans le train, c'est une bonne journée.

La semaine prochaine dans Aiguillages nous nous rendrons à Pontcharra dans l'Isère, pour y rencontrer les membres du Grésivaudan Vapeur Club, une association disposant d'un circuit en 5 pouces et 7 pouces un quart

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