Le funiculaire de Charlannes (La Bourboule)
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Le funiculaire de Charlannes

(La Bourboule)

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Le funiculaire de Charlannes (La Bourboule)

Transcription :

L'association Fun-Rail à La Bourboule a été créée en 2016 pour préserver et mettre en valeur le patrimoine de l'ancien funiculaire de Charlannes. Un funiculaire dont l'exploitation était assez particulière vous allez le voir, auquel, les membres de l'association espèrent bien pouvoir refaire faire quelques tours de roues assez prochainement.

La Bourboule, c'est une petite station thermale située en plein cœur du massif du Sancy en Auvergne. Dans la 1ère moitié du 20ème siècle, les curistes pouvaient emprunter un funiculaire pour aller s'oxygéner sur les hauteurs de la ville, sur le plateau de Charlannes.

Pour vous parler de ce funiculaire, je vais être en compagnie de Didier Lavergne, le président de l'association Fun Rail, Didier s'intéresse aux chemins de fer secondaires plus particulièrement et en revenant habiter à la Bourboule il s'est penché sur le devenir de ce funiculaire dont l'exploitation avait été abandonnée en 1958. Ses découvertes nous amènent à faire une plongée dans l'histoire, nous voici au début du 20ème siècle, à une époque ou il n'y a pas encore de touristes, mais de nombreux curistes à la Bourboule.

Didier Lavergne

C’était des gens qui venaient en cure parce que c’était une ville d'eau, extrêmement réputée dans toute l’Europe. Il faut imaginer qu’à l’époque, il y avait des trains du P.O. qui partaient de Londres et qui arrivaient directement à La Bourboule, ce que l’on imagine plus maintenant, puisque malheureusement la gare que j’ai juste en face de moi est fermée pour l’instant. Les gens prenaient les cures le matin, et l’après-midi il fallait prendre le bon air. A l’époque il faut imaginer les gens en grandes tenues, la grande période ce sont les années 30, il faut imaginer ces messieurs tout le long de la Dordogne dans les cafés-restaurants qui existaient déjà à l’époque, boire l’absinthe et les dames prendre le grand-air, monter sur le plateau. A l’époque il y avait golf, minigolf ... tout un tas d’activités sur le plateau de Charlannes, ce qui fait que avec des promenades, on a des photos qui illustrent ça, on peut imaginer les gens montant, faire simplement picnic, manger et prendre le grand air sur le plateau de Charlannes.

Il faut bien s'imaginer qu'à l'époque, le sport est encore très loin d'être une pratique courante, on déteste même marcher, d'ailleurs les vêtements que l'on porte alors ne s'y prêtent pas vraiment, du coup pendant quelques années, il a même existé un tramway pour transporter les curistes jusqu'à la station de départ du funiculaire, sur une distance de 500 mètres à peine.

Didier Lavergne

Le tramway a existé pendant une quinzaine d’années à peu près, en gros du début de l’ouverture du funiculaire en 1900/1902 jusqu’à 1915 à peu près. On en est sur cette date là actuellement, de nos recherches. Un tramway voie métrique avec rail central qui permettait de faire le freinage, un peu comme certaines lignes de métro encore à l’heure actuelle. Et ce tramway partait de l’actuelel mairie qui était à l’époque un casino, que l'on appelle le Casino des Cariatides et qui nous emmenait jusqu’à la gare du funiculaire, en quelques minutes de trajet.
Nous, aujourd’hui on est féru d’espace, d’air, de promenades, de marche, d’espaces, … A l’époque moins on marchait, mieux on se portait ! Les dames avaient des talons, des grandes robes ... donc ils allaient au casino ils montaient dans le tramway qui les emmenait à la gare du funiculaire. Quelques mètres … le funiculaire ... Ils montaient au grand air, ils allait faire un petit tour sur le plateau.

Je vous parlais d'une exploitation un peu particulière pour ce funiculaire, et c'est toute une expédition qui attendaient les passagers qui voulaient se rendre sur le plateau de Charlanne puisqu'ils embarquaient dans une première voiture qui les emmenait à mi-parcours ou il devait en descendre à une gare intermédiaire pour terminer ce voyage qui ne représentait pas plus de 600 mètres.

Didier Lavergne

Les deux voitures que l’on avait ne faisaient chacune que la partie du bas ou la partie du haut et il y avait à cette gare intermédiaire un quai central avec des marches tout simplement vu la pente du funiculaire, et on transvasait l’eau d’une voiture à l’autre, à un moment donné avec un réservoir complémentaire qui était ce que l’on a découvert récemment, qui permettait, il y a toujours des pertes, de récupérer un peu de poids et pendant ce temps là les passagers ou même les marchandises puisqu’on se servait du funiculaire pour monter tout ce qui était nécessaire à la vie de l’hôtel de Charlannes changeaient de voiture qui pour la montée ou pour la descente.
Pourquoi on n’en est arrivé à cette gare intermédiaire ? Déjà historiquement les terrains étaient en grande partie des terrains privés. Les seules parcelles appartenant à la commune de La Bourboule maintenant et à l’époque au propriétaire du funiculaire et de tout un tas d’autres éléments et bâtiments appartenant à la ville, cette parcelle là qui est montait le long pour aller à Charlannes ne faisait que 7 mètres de large et sur une voie normale puisque ce funiculaire est construit sur la base d’une voie normale, il n’y avait pas la possibilité de faire une voie d’évitement. Sur 7 mètres de large c’était relativement compliqué
Deuxième point, on avait nécessité d’avoir une ressource en énergie et l’eau dans les environs de La Bourboule, c’est quand même la source énergie gratuite qui existe et qui est toujours pérenne, puisque le bassin existe toujours. L’électricité était à l’époque de cette construction, encore en train d’être imaginée et le barrage simplement en construction même si on a eu de l’électricité bien avant de très grandes villes notamment Paris, à La Bourboule. Mais pas d’électricité qui arrive, des travaux difficilement réalisables vu la pente, pour élargir la plate-forme et faire un évitement ... on a choisi le seul endroit où c’était possible de faire une gare intermédiaire à mi-parcours.

C'est l'ingénieur et homme d'affaire Jean Claret a qui l'on devait déjà la mise en service et l'exploitation du tramway de Clermont-Ferrand qui obtient la concession du tramway et du funiculaire de Charlannes. Le seul moyen d'accéder au plateau à l'époque est d'emprunter un sentier muletier de 7 à 8 km. Il est plutôt long et sinueux, mais c'est le prix à payer pour s'affranchir des 300 mètres de dénivelé. Pour y parvenir, le funiculaire quand à lui attaque des rampes de 49% en moyenne pouvant aller jusqu'à 62%. La voie est à écartement normal. Entre les rails est installé un ensemble de poulies servant à porter le câble, et une crémaillère pour le frein

Didier Lavergne

On a plusieurs systèmes de freinage. Un système de freinage/blocage à l’arrêt effectivement la crémaillère. On venait bloquer cette crémaillère au niveau des voitures soit la voiture d'amont soit la voiture d'aval, à la gare inférieure ou à la gare supérieure. Il y avait aussi un système de freinage tout simplement comme on peut avoir actuellement. On enserrait les roues avec des sabots, en fait pas tout à fait les roues mais des contres-roues ou à l’intérieur de la voiture. Tout ça a était piloté directement par le pilote qui était situé à l’avant de la voiture. On a des images qui montrent ça et on a récupéré les manivelles qui leur permettaient de faire un freinage plutôt au ralenti.Il y avait un autre système également on pouvait délester plus ou moins d’eau pour pouvoir assurer le départ et l’arrivée, ce qui fait que quand on était à poids égal, les voitures étaient en équilibre donc à l’arrêt.

Pour vous faire une petite idée du fonctionnement de ce funiculaire, je vous renvoie au reportage que j'ai réalisé sur celui de Fribourg qui fonctionne toujours à l'heure actuelle sur un principe assez proche. Le funiculaire de Charlannes a quand à lui cessé son exploitation en 1958.

Didier Lavergne

Plein de petites choses qui cumulées amènent à un arrêt. Concession d’exploitation de cession de terrain de 60 ans. 1898 + 60 = 1958. On a les rapports des conseils municipaux des années 55/58 ou l’exploitant de l’époque et l’ancienne municipalité n’étaient pas tellement d’accords. Sans rentrer dans les détails, certainement des histoires de village on va dire, non reconduction de la concession. Ensuite on a également des rapports qui montrent qu’il y avait des travaux de rénovation et des mises aux normes à faire de façon à continuer l’exploitation. Du fait qu’il n’y a pas eu d’accord sur la concession, l’exploitant privé de l’époque a dit moi je ne fais pas les travaux, la municipalité a dit je ne fais pas les travaux non plus, ce qui fait qu’on s’est arrêté là. Donc, une conjugaison de plusieurs facteurs qui actuellement auraient pu être aplanies. Il faut imaginer que l’on a quand même un moyen de locomotion qui est entièrement gratuit, hormis bien sur le personnel et l’entretien. Aucun besoin d’énergie ! Actuellement, ce serait une folie ! Il y aurait la queue pour venir prendre ce funiculaire j’en suis persuadé.

Malheureusement tout c'est arrêté en 1958 et l'oubli est retombé sur le funiculaire jusqu'à ce que Didier et quelques amis décident de s'y intéresser. Ils ont eu la bonne surprise de constater que malgré les années qui sont passées les infrastructures du funiculaire sont moins dégradées qu'ils auraient pu le penser

Didier Lavergne

Il y a trois lieux principaux sur le funiculaire. La partie du bas,la gare d'aval. Elle est occupée en partie par nous Fun Rail et une autre partie par les services techniques de la ville. Notre objectif étant de récupérer l’ensemble de la gare. Le toit a été rénové, les fenêtres, les portes sont en cours de rénovation, le plancher est sain, la toiture est saine, c’est un bâtiment qui est propre et à l’intérieur, bien heureusement, il y a une voiture du funiculaire, qui elle aussi est en cours de rénovation. Toute la partie inférieure de la voie est dégagée ou en cours de dégagement. L'humus, les feuilles, l’herbe, les arbustes ont fait leur protection. Ce qui fait que quand on découvre tout, le béton est sain, les voies sont saines, les rails sont saines. Il y a des reprises à faire bien évidemment, des choses à vérifier, mais toute cette partie de voie est correcte.
La partie de Charlannes, et tout ce qui est tout en haut, autour de l’hôtel. Le bassin lui est toujours en activité. Il n’y a aucune fuite sur les bassins de rétention et de filtration d’eau. La poulie existe toujours, elle est à rénover. Le bâtiment technique est toujours couvert. Il faut le sécuriser, mettre des portes, des fenêtres, le rendre étanche à l’air et à l’eau, mais le bâtiment existe toujours. La gare elle, en revanche n'existe plus. On n’en a des photos, on a l’implantation, mais on a plus la gare ou les gens descendaient. Maintenant on parle de la gare intermédiaire. Là, on a des travaux de dégagement, de défrichement qui sont en cours également. Tout ce qui est infrastructures existe toujours, en mauvais, voire très mauvais état mais tout ce qui est super-structure du bâtiment n'existe plus, donc il y a du travail

Les travaux ont déjà bien commencés puisque la restauration de la voiture inférieure est en court, et que les bénévoles de l'association se sont pris à rêver de la remettre en mouvement.

Didier Lavergne

Le but ultime que l’on n'osait pas dire jusque-là oui, refaire fonctionner le funiculaire ce serait déjà exceptionnel ! Les objectifs à moyen terme sont une ouverture partielle de toutes les installations au public partielle, parce qu’il faut du temps, il faut des bénévoles pour pouvoir créer un musée. Donc créer un musée, ouvrir la gare la rénover de façon à continuer de sensibiliser les gens locaux et plus lointains à ce patrimoine industriel. Il faut aussi imaginer que l’on a eu des experts qui sont venus nous voir et qui nous ont dit que cela serait potentiellement roulable, tout du moins sur la partie que l’on a dégagé. Ce qui fait que l’on aimerait bien à un moyen terme un peu plus long, dans quatre à cinq ans pouvoir lui faire faire quelques tours de roues. On a la chance d’avoir une voiture entière complète, donc lui faire faire quelques centaines de mètres suffirait pour continuer à attirer l’attention, et bien sur les touristes. L’année passée en ouvrant juste quelques périodes on a attiré plus de 1000 personnes déjà donc c’est pas négligeable.

Les circonstances actuelles perturbent quelques peu les projets de l'association. Au mois d'avril, elle devait organiser son 2ème salon du modélisme ferroviaire sur place, des travaux à l'extérieur devaient démarrer au mois de mai, ils seront forcément un peu retardés. L'objectif c'est de proposer aux visiteurs dès cet été, un sentier découverte qui partira de la mairie, et comprendra plusieurs itinéraires aux difficultés variables. Des panneaux seront installés pour raconter l'histoire du funiculaire au travers des lieux qui en rappellent la mémoire. Une application à télécharger sur son téléphone sera également mise à la disposition des touristes curieux d'en savoir plus. Pour les prochaines journées du patrimoine, la gare du bas devrait être ouverte, et la voiture qui s'y trouvent sera présentée au public. Pour en savoir plus, l'association Fun Rail à un site, vous le trouverez à l'adresse fun-rail-la-bourboule.fr




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