Sur les voies du Translozérien avec l'AP2800
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Sur les voies du Translozérien

avec l'AP2800

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Sur les voies du Translozérien avec l'AP2800

Transcription :

Bonjour et bienvenu dans Aiguillages ! Cette semaine je poursuis mon incursion ferroviaire dans le département de la Lozère, je vais me rendre à Mende, au départ de Langogne, ou j'étais arrivé à bord de la rame régionale réversible de l'association le Train à vapeur d'Auvergne. Pour cela je vais changer de monture et monter à bord d'un autorail de type X2800 de l'AP2800, l'Association des Passionnés de l'X2800. Le grand soleil sur les hauts-plateaux Lozériens ce ne sera pas pour cette fois, il faut que je me fasse à l'idée, mais au moins, en ce dimanche matin, la pluie à cessé de tomber

Langogne, le 19 septembre 2020, en fin d'après-midi. La première moitié du week-end des journées du patrimoine se termine sous un épisode Cévenol. Quelques minutes après la rame du Train à Vapeur d'Auvergne, ce sont les autorails de l'AP2800 qui font leur entrée en gare. Ils viennent d'assurer un aller-retour jusqu'à La Bastide Saint-Laurent les Bains, et vont maintenant aller se mettre à l'abri, car demain, c'est un plus long voyage jusqu'à Mende qui les attend.

Mende, la capitale de la Lozère est desservie par des trains qui la relie à Nîmes en un peu plus de 3 heures, via une partie de la ligne du translozérien et de celle des Cévennes. La ville est située à 964 mètres d'altitude à mi-chemin entre Clermont-Ferrand et Montpellier, ou encore Lyon et Toulouse. L'AP2800 a son siège à Langogne, c'est par conséquent de là, que ce voyage va commencer. Dans un premier temps, notre train va rejoindre la gare de La Bastide-Saint Laurent les Bains ou il s'arrêtera quelques minutes afin de croiser une circulation montante, en provenance de Mende et à destination de Nîmes. Dans cette gare, les trains assurant ce service procèdent à un changement de sens, ils quittent en effet la ligne allant du Monastier à La Bastide, dite Translozérien, pour rejoindre ici celle des Cévennes.

Le Translozérien, c'est une ligne transversale qui fait le lien entre la ligne des Causses qui va de Béziers à Neussargues et celles des Cévennes qui part de Clermont-Ferrand pour rejoindre Nîmes. Une liaison ferroviaire qui l'air de rien est la plus haute non électrifiée du réseau ferré français. Elle atteint en effet les 1215 mètres d'altitude à la hauteur du hameau de Lazarlier et se maintient à plus de 1000 mètres d'altitude sur plus de 25 km. Ce qui est trompeur, c'est la topographie de la région. Ici, pas de haut sommet, qui pourraient rappeler que le train circule bel et bien en altitude, mais des plateaux quasiment à perte de vue. Pour les atteindre, il a néanmoins fallu construire de très nombreux ouvrages d'art. Viaducs, tunnels et galeries se succèdent sans discontinuer tout au long du parcours. Dans ce sens de circulation, le premier ouvrage majeur rencontré, est le viaduc de Mirandol. 120 mètres de long, 10 arches, culminant à 30 mètres de haut. Uu peu plus loin sur la droite, sur le plateau de Lazarlier, subsistent des vestiges d'une ligne classée secret défense. Dans un secteur quasi inhabité, l'armée souhaitait créer un dépôt de minutions qui seraient immergé après la construction d'un barrage. La voie est établie au départ de Lazarlier, le point culminant de la ligne, en direction du site et de la future retenue d'eau, en 1923. Elle grimpe à 1388 mètres. Le chantier du barrage et du dépôt de munition ne seront jamais achevés, et la voie finira par être déferrée en 1939.

C'est la Compagnie du Midi qui a bâtit la ligne du Monastier à La Bastide, à la fin du XIXème siècle, le chantier aura duré 30 ans pour en établir les 77 Km qui traversent de part en part le département de la Lozère. Le moins peuplé de France. On se rend bien compte en observant les paysages par la fenêtre que la densité de population au km carré n'est pas très élevée. Quelques hameaux ou villages, cèdent très vite la place à des immensités désertes. La section comprise entre Mende et la Bastide est la plus spectaculaire. Elle est longue d'une 40aine de km. L'inauguration de celle-ci a eu lieu en 1902, soit bien après la mise en service des lignes ferroviaires majeures. Mende fut la dernière préfecture a être atteinte par le chemin de fer. La faiblesse de la densité de population, l'absence d'activité économique majeure, mais surtout les obstacles géographique à franchir n'en firent pas une priorité. Le graphique représentant le profil de la ligne parle de lui même. Pour se hisser sur le toit de la France, c'est ainsi que l'on surnomme la région car on y traverse plusieurs lignes de partage des eaux, séparant les bassins du Lot, de l'Allier et du Rhône. La plupart des difficultés de la ligne sont concentrées sur la section comprise entre Allenc à Larzalier. Si les deux communes ne sont distantes que de 7 km, il a fallu rallonger le parcours du train en lui faisant suivre deux courbes de 150 mètres de rayon, pour lui permettre de prendre de l'altitude sans que la rampe gravie ne dépasse les 27 pour mille. Les hivers particulièrement rigoureux dans la région ou la neige peut tomber en abondance, ont contraint la Compagnie du Midi a construire des équipements de protection de la voie. On raconte notamment qu'en 1903, un train se retrouva bloqué par la neige sur le plateau de Larzalier, et que les passagers durent passer la nuit dans la maison du garde barrière. D'autres incidents se produisirent également.
Finalement, 8 galeries pare-neige ont ainsi été établies sur le parcours en 1906 et 1907, pour lutter contre les congères et un bois de 4 hectares fut planté pour les mêmes raisons. Cela n'empêcha pas que le plus grave accident se produise en plein été pourtant, dans cette ascension vers le plateau de Lazarlier. Le 14 août 1907, un train de marchandises transportant du minerai et du bois se mit à patiner, avant de repartir en arrière et de dérailler un peu plus bas. Le mécanicien et son chauffeur perdirent la vie dans cet accident.
A l'époque de la vapeur, ce sont de petites 030 de la Compagnie du Midi qui assuraient l'essentiel du trafic voyageur ou marchandises. Puis, au tournant des années 60, les autorails firent leur apparition. Parmi eux, les X2800 produits par Renault et Decauville, et baptisés le Roi des montagnes, car leur moteur MGO de 800 chevaux, en a fait des engins bien adapté aux lignes aux profils difficiles, telles que celle du Translozérien. A la fin de leur carrière, pas mal d'associations ce sont portées candidates à la préservation d'un ou plusieurs exemplaires de ces engins. C'est le cas de l'AP2800, qui s'est vue confiée en 2007 deux d'entre eux, les X 2819 et 2914, ainsi qu'une remorque, la XR 6091. Depuis 2010, l'association organise régulièrement des voyages comme celui d'aujourd'hui, sur le réseau ferré national, à bord de la rame qu'elle a baptisé le Train Bleu du Sud. Le départ se fait à Langogne ou l'association est basée, a destination de la ligne des Cévennes, de celle du Translozérien ou des Causses, de Lyon, pour les trains du festival des lumières, ou encore d'autres destinations en fonction des opportunités qui se présentent. En 2021, des circulations devraient être programmées sur la ligne des Cévennes entre Langeac et Génolac pour en fêter le 150 ème anniversaire. En attendant les membres de l'association se réunissent une fois par mois en moyenne, en général le samedi, pour se livrer aux opérations de maintenance liées à l'entretien de la rame.
Pour aujourd'hui, notre voyage s'achève à Mende, que notre train rejoint après avoir traversé un pont métallique et une tranchée. Je vous retrouve la semaine prochaine pour de nouvelles aventures sur les rails.

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