Aiguillages, tourisme et loisirs ferroviaires

Trinville

un réseau de train jouet ancien

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Trinville un réseau de train jouet ancien

Transcription :



Plus qu'en un lieu, c'est dans une époque précise que Trinville nous plonge. Les images de ce reportage ont été tournées à l'exposition de Montlandon en Eure et Loire, mais elles auraient tout autant pu l'être à celle de Châtelleraut, ou de Laval ou j'ai pu recroiser Philippe Rondet et son épouse. Car ce collectionneur s'efforce de ne pas rater une occasion de présenter au public son réseau lors d'expositions qui se tiennent dans l'ouest de la France, région où il réside. Il aura été présent dans près d'une dizaine d'entre elles rien que cette année. Le réseau mesure 5 mètres de long pour 2 de large, à l'avant c'est une voie de parade, à l'arrière une gare de triage ou sont stockés et préparés les 14 convois qui tour à tour sont présentés aux visiteurs. Beaucoup sont des pièces rares, fabriquées par des marques aujourd'hui disparues, et qui témoignent des premières productions à l'échelle Ho. Par commodité on prononce Ho aujourd'hui, mais si l'on se replace dans le contexte de l'époque, il faudrait plutôt parler de Half 0. En effet l'arrivée de cette nouvelle échelle dans les années 40, est présentée comme une révolution, car ses modèles sont deux fois plus petits que ceux qui dominaient jusqu'alors le marché du train jouet au 1/43,5ème, l'échelle 0. Rendez-vous compte, à l'échelle Half 0 (littéralement la moitié de 0), soit au 1/87ème, vous pouviez enfin tenir une locomotive dans votre main ! Du jamais vu, et un argument de vente en béton pour les constructeurs et les commerçants de l'époque. Le père de Philippe s'est volontiers laissé séduire et a offert à son fils qui n'avait que 5 ans à l'époque son premier train électrique. Bien lui en pris, ce fut la naissance d'une passion qui ne l'a pas lâchée depuis. Comme beaucoup d'entre nous, Philippe a précieusement conservé son jouet, mais il est allé plus loin et a choisi de le mettre en valeur en construisant autour de ce qui aurait pu rester un banal ovale de voies, tout un univers pour mettre en valeur son matériel roulant.

On m’a dit, et ça me fait plaisir, de faire un écrin au vieux matériel, ça le met en valeur parce qu’il y a quand même, vous avez dû la voir passer, la BLZ qui a 70 ans, elle méritait un décor plutôt que de la voir passer sur simplement des rails. C’est un tout, et c’est surtout la déco qui m’intéresse le plus dans le modélisme. Ça se ressent, parce que la partie technique est un peu négligée derrière.

Rassurez-vous rien de grave, simplement toutes les voies du triage ne sont pas électrifiées, ce qui fait que Philippe doit procéder à de nombreuses manipulations avant de pouvoir changer le train qu'il met en circulation sur son réseau. Les visiteurs doivent par conséquent attendre un petit peu avant de voir un nouveau convoi se présenter, un temps qu'ils mettent à profit pour découvrir les nombreuses saynètes proposées dans le décor.

Comme quand j’étais gosse, je renoue un peu avec mon enfance comme ça je n’ai pas l’impression de vieillir, j’ai le plaisir de prendre la loco et de la mettre sur les rails. Pour faire patienter les visiteurs, lorsque je change mon convoi derrière, je fais beaucoup de choses à la main donc pour les faire patienter il y a tout un tas de petites saynètes à regarder, et à ce moment-là un nouveau convoi passe devant la gare, s’y arrête rarement parce que je ne visualise pas toujours ce qui se passe devant. Bien que j’aie un écran de contrôle, ce n’est pas trop facile.

Vous imaginez bien que Philippe se souvient parfaitement de la première locomotive qu'il a reçu, mieux, il l'a toujours, et continue de la faire tourner sur son réseau.

La CC, celle qui avait battu le record du monde de vitesse, mon papa me l’avait acheté et ça a commencé comme ça, depuis l’âge de 5 ans, 60 ans après je suis toujours là à faire tourner mes trains. Le problème du train, c’est qu’il faut de la place. La place, je la trouve en expo, parce que je n’ai toujours pas plus de place à la maison.
- Donc votre réseau n’est monté que quand vous êtes …
- C’est sur les étagères, d’où le côté déco un peu plus développé parce que quand je veux faire du petit train je prends un pinceau, de la colle et de la peinture.

Sa collection Philippe l'a enrichie patiemment au fil des années.

Tout le monde se cotisait, c’est vrai que c’était des locos qui coûtaient relativement cher mais tout le monde se cotisait pour les anniversaire, les fêtes de Noël, les bonnes notes à l’école … Quand je dis ça, ça fait toujours sourire, mais pourquoi pas ! C’était que du petit train, du petit train, du petit train … C’est pour ça que j’ai réussi à acquérir et à garder, à conserver, parce que je n’ai pas beaucoup joué avec, tout ce matériel. Et maintenant, je complète la collection. Il y a encore plein de locos que j’aimerais bien avoir !

Sur l'un des côtés du réseau sont présentés des coupons et des appareils de voies en 3 rails, autant de témoins de la vitalité des fabricants de l'ère pré-Jouef. Il faudra en effet attendre la fin des années 50 pour voir le matériel de cette marque emblématique du Jura imposer peu à peu ses standards : le Ho en deux rails, la construction en plastique, et des tarifs quelques peu plus abordables.

C’est des rails Tourelle, en laiton donc c’était de la belle voie à l’époque, et il faut dire aussi que j’avais un oncle qui habitait Pigalle, du bon côté, et il y avait le fameux RMA et on allait très souvent au magasin, la plupart de mes fournitures viennent de là. RMA faisait la promotion de la voie Tourelle, c’est pour ça que j’ai voulu la conserver, je me suis dit « après tout, c’est le témoin de cette époque-là », d’où toutes les vieilles marques françaises : PMP, VB, Jep et j’en passe, sur la voie Tourelle. Ça permet de faire voir aux gens, quand on passe du 0 3 rails au Ho 3 rails, et après au Ho 2 rails.

Comme tout collectionneur Philippe a quelques coups de cœur pour certaines pièces de sa collection.

Oui, l’autorail Picasso RMA justement, avec motorisation TRB qui n’a été fait qu’en 50 exemplaires parce que ça fonctionnait très mal avec TRB, il y a eu un procès, le père Lavigne était assez paraît-il procédurier donc il s’est fâché avec TRB et après il y a eu la motorisation TRIX, toujours RMA. Sinon, la plus belle pièce de ma collection c’est quand même la PLZ qui a 70 ans, la Antal aussi, on se souvient la publicité où on voit la loco dans la main sans le tender pour faire la promotion du Ho. Une loco qui tient dans la main ! C’était parce qu’on passait du 0 au Ho. La 230 de Jep, je me souviens très bien que mes parents me répétaient sans arrêt : « fais attention à la loco, parce que mamie s’est saignée pour te l’offrir ». Et effectivement, j’ai calculé pour ramener des francs aux euros et elle coûterait, à l’époque, 350€. Mais vous savez, tout ce réseau, il y a quelque chose, il y a le ressenti, l’affection qui est derrière ça, la villa c’est mon parrain qui me l’a payée, l’église c’était mes grands-parents, la gare c’était un oncle de Corrèze, il y a tout ça. Donc j’ai tenu à garder tout ça sur le réseau bien que les échelles soient toujours un peu fantaisistes, parce qu’à l’époque on mélangeait le 100ème avec le 87ème, après avec le 76ème … Mais ça ne fait rien, j’ai gardé ça parce que mon enfance est là, derrière tout ça.

Le réseau s'appelle Trinville 1962, c'est l'année de la fin de la guerre d'Algérie, de la sortie de la Simca 1000, de l'inauguration du paquebot France, ou encore du premier numéro de Salut les copains, mais ce n'est à aucun de ces événements que le réseau doit son nom millésimé.

Atlas, je cite le nom, Atlas nous a gâtés, nous modélistes, en sortant toutes les petites voitures, les petits véhicules et ils nous ont sorti la petite camionnette de la Poste, verte. Alors je me suis étonné « tiens, pourquoi verte ? », parce que c’est ça qui est intéressant derrière le modélisme, on peut laisser le jouet et s’y arrêter, mais on peut fouiller derrière et essayer de se cultiver un peu, ce qui n’est pas négligeable. Et donc derrière la camionnette verte, je me suis aperçu que c’est en 62 que la Poste est passée en jaune. Donc je me suis dit « j’arrête à 62, comme ça tous mes véhicules il n’y a pas d’anachronisme ». Et quand j’en ai, c’est les visiteurs qui me font remarquer : une fois j’avais mis une petite Volkswagen, la petite coccinelle, on m’a dit « non, avec cette calandre-là, elle était de 68 ! ». Je l’ai retirée, je joue le jeu !

Le réseau Trinville est constitué d'un ensemble de 3 modules, le premier ayant été construit dans les années 80, à une époque où l'on parlait moins de chercher à coller à la réalité que de produire une atmosphère. Et c'est dans cet esprit-là que la maquette toute entière à peu à peu été constituée. Les 90 véhicules et les 200 personnages disséminés dans le décor sont là pour vous raconter autant de petites histoires qui finiront par former la grande.

Et si le réseau Trinville vous paraît terminé, ce n'est qu'une apparence, Philippe vous fera remarquer les nombreux petits détails qu'il s'attache à modifier ou à améliorer entre deux expositions pour faire en sorte que sa maquette continue de toujours mieux mettre en valeur les vénérables machines qu'il ne se lasse pas de voir tourner sur son réseau pour le plus grand plaisir du public.

La semaine prochaine comme chaque dernier vendredi du mois Aiguillages sera consacré à un chemin de fer touristique. Et c'est au Train des Pignes que je vous inviterai à me rejoindre pour un voyage en train à vapeur entre Annot et Puget-Théniers entre deux circulations régulières des AMG 800 des Chemins de Fer de Provence.

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