Aiguillages, tourisme et loisirs ferroviaires

Le Train de Jardin de Molsheim

Alsace

Plein écran cliquez ici

(ou appuyez sur la touche Entrée de votre clavier)

Le Train de Jardin de Molsheim Alsace

Transcription :



Molsheim c'est une commune du département du Bas-Rhin, qui se trouve à une 20aine de kilomètres à l'ouest de Strasbourg, un petit village typiquement alsacien posé sur la route des vins qui reste aujourd'hui encore un carrefour ferroviaire. Sa gare est située sur les lignes TER Strasbourg-Saint Dié des Vosges et Strasbourg Sélestat. En revanche, la liaison vers Saverne a été fermée à la fin des années 60 et sa plateforme a été déférée en 1993 au profit d'une voie verte. A l'origine, elle reliait entre elles Saverne et Sélestat les deux sous-préfectures du département, en passant par Molsheim. C'est à cette section de ligne que les membres de l'association du Petit Train de Molsheim se sont plus particulièrement intéressés, lorsqu'ils ont créé ce réseau au début des années 2000. La ligne qui traverse la région dite du Piémont des Vosges et le vignoble alsacien a été ouverte en 1877. Fermée au trafic voyageur le 3 mars 1969, elle voit encore passer quelques trains de marchandises qui desservent des installations agricoles et un dépôt d'artillerie lourde sur voie ferrée qui abritait des canons à très gros calibre jusque dans les années 80. Leur présence ici n'est pas très étonnante, lorsque l'on se souvient que l'Alsace et la Lorraine ont été annexées par l'Allemagne pendant la guerre de 1870. La ligne de Saverne à Molsheim serra d'ailleurs construite dans cette période-là. En 1915, elle est même réquisitionnée par l'Etat-Major allemand pour acheminer des troupes et du ravitaillement sur le front, et rapatrier des blessés. Dans l'entre-deux guerres, repassée sous administration française, cette ligne restera considérée comme stratégique et mise à double voies. Durant le second conflit mondial, elle jouera de nouveau un rôle essentiel et ses infrastructures subiront en conséquence de lourds dégâts liés à des bombardements dus aussi bien aux Allemands qu'aux Alliés. Après 1945, des réparations sont réalisées, mais la ligne est remise à voie unique. Son trafic ne cesse de diminuer jusqu'à sa fermeture. Elle connaîtra un dernier sursaut en 1988, avec la création du Train Touristique de la Mossig par une poignée de passionnés qui feront revivre cette ligne le temps d'un été. Une locomotive à vapeur assurait le service, mais cela n'a pas suffi à attirer suffisamment de monde pour que l'expérience soit viable. Elle ne sera pas renouvelée. En 1993 la ligne est déclassée, et il faudra attendre 2002, pour en réentendre parler, avec l'installation de ce circuit de train de jardin, dans la cour de l'hôpital local de Molsheim.

L’histoire a commencé parce que le monsieur qui a fait ce réseau l’avait installé dans son jardin, il a déménagé et il ne voulait pas perdre toutes ces maisons, tous ces rails, ce train. Il a cherché un endroit où il pourrait installer ce réseau parce que le côté culturel c’est que cette ligne représente l’ancienne ligne Molsheim-Saverne.

Le député-Maire de la ville, Laurent Furst, a été sensible à cette dimension culturelle, et a aidé les membres de l'association naissante à trouver une place où s'installer dans la ville. L'hôpital local, lui-même implanté dans un ancien couvent des chartreux disposait d'un petit bout de place disponible dans une cour intérieure, ouverte au public, et c'est ainsi que le réseau fut transporté en ce lieu en 2002. Dix ans plus tard, les membres de l'équipe à l'origine de ce sauvetage prenant de l'âge, ils souhaitent trouver des successeurs.

L’ancienne équipe a pris sa retraite, ils étaient tous âgés à peu près du même âge et quand le président est parti, les autres ont un peu suivi le mouvement. Un appel avait été lancé, je me suis porté volontaire et j’ai été désigné président de l’association avec quelques-uns de mes amis. On a essayé de pérenniser la chose, avant l’appel qu’ils ont lancé je ne connaissais pas du tout, je n’étais pas du coin et il n’y avait pas longtemps que j’étais installé sur Molsheim. Quand j’ai vu ça je me suis dit que c’était chouette et que ce serait dommage que ce soit fermé.

Jusque-là, Christian n'avait jamais pratiqué cette échelle ou le train de jardin, mais le ho et ce depuis son plus jeune âge. Alors forcément, il est venu avec quelques idées.

Je me suis dit « on va essayer de vivre avec notre temps », j’ai essayé d’automatiser le système, moderniser certains bâtiments : j’ai refait l’ancienne gare de Molsheim à l’échelle avec tous les matériaux qu’il y avait dans le temps, c’est-à-dire que c’est du vrai coffrage avec du vrai plâtre et il n’y a pas une vis, c’est tout chevillé. On met un peu d’électronique, on sonorise un peu, on se dit que tous les ans on essaye d’apporter des nouveautés de façon à ce que tous les gens qui viennent toutes les semaines, parce qu’il y en a, heureusement, se disent « tiens, il y a des choses nouvelles ! ».

Forcément, le passage d'une pratique du modélisme ferroviaire à l'échelle Ho, bien au chaud en intérieur, à celle du train de jardin, a supposé quelques adaptations.

En Ho on peut travailler avec du bois, du carton, et beaucoup d’électricité. En train de jardin, à l’échelle G, c’est surtout à l’extérieur, il faut penser justement extérieur : étanchéité, tout ce qui est météo … Donc évidemment on ne peut pas travailler le bois, le carton comme on veut, ce n’est pas possible, l’électricité il faut que ce soit étanche, bien soudé …

Sans compter les escargots qui traversent les voies sans regarder, les petits cailloux que la pluie et le vent déposent sur les rails et l'oxydation qui se produit naturellement. Chaque samedi, la première tâche de l'équipe est de procéder à la mise au propre du circuit et de faire passer le wagon nettoyeur afin d'ouvrir la voie aux autres convois.

Les trains ont pour origine un local technique dans lequel sont aménagés des étagères pour leur garage. Le réseau est constitué d'une double voie. En fonction du sens dans lequel ils le parcourent, les convois se hissent 90 cm plus haut qu'à leur point de départ, ou se retrouvent 90 cm plus bas. Dans le local technique une spirale hélicoïdale leur permet de compenser cette différence de niveau, avant de réapparaître sur le circuit à l'extérieur. Chacune des voies principales est divisée en 5 cantons. Ainsi plusieurs trains peuvent circuler simultanément sans prendre le risque de se rattraper.

Le chemin de roulement est constitué de pavés autobloquants de 35 cm par 15 s'encastrant les uns dans les autres. Ils sont posés dans une tranchée sur un lit de graviers et de sable. L'avantage de cette technique est d'autoriser plus facilement des rectifications du tracé de la voie, que si un coffrage en béton avait été réalisé.

Tous les câbles électriques sont installés sous le réseau dans des gaines au diamètre suffisamment généreux pour envisager de passer de nouveaux fils. Les boîtes de dérivation ont été réalisées dans des seaux en plastique de 15 litres recouverts d'une double couvercle. Ils sont dissimulés dans le décor. Celui-ci du reste ne cesse d'évoluer. Et le dernier projet en date de l'association, est la reproduction de l'ancienne gare haute de Molsheim avec sa verrière. A l'époque ou la section de ligne vers Saverne était encore en exploitation, le départ des trains vers cette destination se faisait en effet de cette gare haute, alors que les autres destinations étaient desservies depuis la gare basse située juste à côté. Seul ce bâtiment subsiste de nos jours.

Et puis comment parler de Molsheim, sans évoquer l'aventure Bugatti don le souvenir est omni présent dans la ville. Le constructeur automobile s'y installe en 1909. L'entreprise y vivra ses grandes heures dans l'entre-deux guerres, produisant dans ses ateliers alsaciens ses modèles les plus mythiques. Et même des autorails. Des engins équipés de moteur de voitures de course qui ont permis à l'entreprise d'échapper à la faillite lorsque les affaires devinrent beaucoup moins florissantes à la suite de la crise de 29. Chaque année le 2ème week-end de septembre se tient même un festival Bugatti, un vrai dans la ville, et un mini au Petit Train de Molsheim, qui fait partie du programme officiel de la manifestation. Spécialement pour la caméra d'Aiguillages, un festival furtif a même été organisé, le jour du tournage de ce reportage.

Si vous vous trouvez en Alsace et que la pratique du train de jardin vous tente, sachez que l'association du Petit Train de Molsheim qui ne compte à l'heure actuelle qu'une dizaine de membres vous accueillerait avec plaisir. Du fait de son implantation, le réseau est ouvert en permanence au public, mais les trains ne circulent que le samedi après-midi du 1er mai à la mi-octobre, et les dimanches de décembre de 14 h à 18 heures.

La semaine prochaine dans Aiguillages, Trinville 1962, ou la passion du Train Jouet, un réseau en trois rails sur lequel Philippe Rondet s'évertue à faire circuler les locomotives, voitures et wagons qui constituèrent ses jouets d'enfance.

Suggestions de reportages à revoir dans la catégorie : Réseau ouvert au public