Voyage en cabine sur les lignes de TPF entre Fribourg et Montbovon
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Voyage en cabine sur les lignes de TPF

entre Fribourg et Montbovon

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Voyage en cabine sur les lignes de TPF entre Fribourg et Montbovon

Transcription :

Un voyage en cabine, ça vous dit ? Alors je vous invite une nouvelle fois à me suivre dans mes pérégrinations ferroviaires en Suisse. Je vais aller à Fribourg où je vais embarquer à bord d’un train des TPF les Transports Publics Fribourgeois qui m’emmènera dans un premier temps à Bulles, avant que je ne fasse correspondance avec un autre train, à voie métrique cette foi-ci qui m’emmènera à Montbovron en passant par le très célèbre village de Gruyère
Ce matin, j'ai rendez-vous à la gare de Fribourg avec Christophe conducteur de train aux TPF. C'est lui qui va me conduire à Bulle, première étape de ce voyage en cabine.

Christophe a toujours été attiré par les trains, mais c'est après avoir exercé pendant 10 ans la profession de boulanger, qu'il a décidé de changer de métier pour devenir conducteur. Après une session de recrutement plutôt sélective puisqu'ils étaient 50 candidats et que seuls 5 d'entre eux sont allés jusqu'au bout du processus, Christophe a enfin pu accéder en solo au pupitre de commande d'une machine. Ce matin il a déjà effectué une rotation et s'apprête maintenant à repartir vers Bulle d'où la rame à bord de laquelle nous avons pris place arrive. Comme à chaque changement de sens il doit réaliser un premier test des freins. Il en fera un autre juste après le départ alors que le train ne roulera encore qu'à faible allure. Sur cette ligne, pas d'agent d'accompagnement, et pas non plus de chef de gare pour donner le départ du train. Le conducteur est le seul maître à bord, après le régulateur installé à Lausanne. Une fois que celui-ci lui aura ouvert la voie, ce sera à Christophe de décider du moment du départ, en fonction bien sur de l'horaire qui s'affiche sur sa tablette.
La voie est libre. Nous voici donc parti. Christophe procède à un nouveau test des freins, avant de commencer à fractionner jusqu'à atteindre sa première vitesse de croisière. Ce n'est pas sur ce parcours que nous ferons de la grande vitesse. Dans un premier temps celle-ci est limitée sur cette ligne à 105 km/h, ramenée à 80, en raison de la traversée d'une zone de travaux. Christophe n'a pas besoin de freiner lorsque se présente le signal d'avertissement, il connait très bien chacune des lignes exploitées par les TPF qu'il parcours pour certaines jusqu'à 4 fois par jour, et il a arrêté de tractionner quelques centaines de mètres en amont afin que son train perde de lui même de la vitesse. La zone de travaux passée, c'est une courbe serrée qui le contraint à ne pas dépasser les 95 km/h. A la sortie de celle-ci une grande ligne droite lui permet maintenant d'accélérer jusqu'à 120 km. C'est la vitesse maximum à laquelle nous roulerons d'ici notre arrivée à Bulle. Sur les voies empruntées par les TPF une section à 160 km/h est aménagée, mais sur une autre ligne. Celle reliant Fribourg à Neuchâtel. La rame que Christophe pilote est une Flirt de la série 190. Des engins construits par Stadler, qui ont été mis en service entre 2011 et 2014. Ces motrices récentes ont une fonction appelée vitesse de consigne qui permet au conducteur d'indiquer celle qu'il souhaite atteindre. L'accélération est alors prise en charge par le dispositif, et même si le conducteur continuait de tractionner une fois la limite atteinte, celle-ci ne pourrait pas être dépassée. Sur cette première partie de la ligne, la vitesse des trains n'est pas contrôlée de l'extérieur. Ce sera le cas un peu plus loin. Un petit boitier informe le conducteur de cette mise sous surveillance. Dès lors, tout dépassement de l'ordre de quelques km/h provoque un signal sonore en cabine. Si le conducteur ne réagit pas ou poursuit son accélération, un freinage d'urgence est activé.
Tous les signaux croisés jusqu'alors sont au vert. Il y a ceux indiquant que la voie est ouverte à l'approche de la prochaine gare et ceux confirmant que le prochain canton est libre.
Les travaux qui étaient en cours ici visaient à la construction de deux nouvelles voies parallèles à celles existantes afin de permettre aux trains de voyageurs de doubler ceux de fret, circulants plus lentement.
Nous roulons actuellement sur le réseau des CFF. L'alimentation électrique est du 15000 volts alternatifs.
A l'approche de la gare de Romont notre conducteur doit ralentir sa rame et revenir à 100 km/h au signal, avant de descendre à 40 km/h pour franchir les aiguilles de la gare. La surveillance de sa vitesse est maintenant activée. Romont est le seul arrêt que marquera ce train. Au delà de cette gare, nous allons quitter le réseau CFF pour nous engager sur celui géré par les Transports Publics Fribourgeois. Le canal de la radio doit être changé. La gestion du traffic est maintenant assurée par un contrôleur installé à Bulle. Dès la sortie de la gare, le cadre est différent. Nous roulons désormais sur une voie unique. La vitesse moyenne descend autour des 80 km/h. La ligne est assez sinueuse, et les rampes se font sentir. Elles se situent entre 19 et 25 pour mille. Bien qu'il fasse beau, le rail est un peu humide et le bruit sourd que l'on entend de temps à autre est celui des roues qui patinent. Avec leurs 122 tonnes à vide les rames flirt restent un matériel roulant léger pour du ferroviaire. Le réseau des TPF est en profonde mutation. Plusieurs gares ont fait ou vont faire l'objet de transformations conséquentes d'une part pour mieux répondre à l'évolution de la demande de la clientèle et coller aux prévisions d'évolution du trafic, et d'autres part pour se conformer à un plan Fédéral visant à assurer l'accessibilité des lieux publics. Dans ce contexte certaines d'entre-elles ont fait l'objets d'importants aménagements, celle de Montbovon ou nous allons nous rendre tout à l'heure ont été dotées de passages souterrains, d'autres vont purement et simplement être déplacées. C'est le sort réservée à celle de Bulle, ou nous arrivons maintenant. Les travaux ont commencé cet hiver. Au passage, cette curiosité ferroviaire Suisse qui subsistait encore ici, le transport de wagons à voie normale, sur la voie métrique pour éviter les ruptures de charge, a disparu peu de temps après le tournage des images de ce reportage. Pour la section en voie normale en provenance de Fribourg et Romont, la gare de Bulle est en impasse. Pour la voie métrique en revanche, c'est une gare de passage. Les trains proviennent ou sont à destination de Montbovon ou de Broc, et à l'autre extrémité de la ligne de Palézieux.
Il est temps de quitter Christophe et de rejoindre Jean-Marie en compagnie de qui nous allons faire le reste du voyage sur la voie métrique. La matériel emprunté ressemble beaucoup aux Flirt, ce sont des ABE 4/12 du même constructeur, Stadler, qui sont mises en service en priorité sur cette relation. Elles datent de 2015. Les anciennes série 120 des années 90 n'étant mises en ligne que pour faire face à de fortes pointes ou à l'indisponibilité de certaines des rames les plus récentes. La différence de gabarit se fait largement sentir au niveau de la place disponible dans la cabine de pilotage. Au delà de cela, la conduite est très proche de celle des Flirt. Pour éviter de sombrer dans la routine et la monotonie qui sont un facteur de risque d'incidents graves ou d'accidents dans le domaine ferroviaire, les conducteurs sont amenés à alterner la conduite sur les différentes lignes exploitées par les TPF. Montbovon – Bulle – Palézieux, Bulle – Romont – Fribourg et Berne, Neuchâtel-Fribourg-Ins, et Bulle – Broc Fabrique passant ainsi régulièrement de la voie étroite à la voie normale et inversement. Un réseau qui constitue ce que les TPF appellent le RER Fribourgeois, avec un cadencement des circulations toutes les 15 ou 30 minutes entre ses différentes gares.
Notre train est en route vers son terminus de Montbovon. Pour s'y rendre, il traverse les paysages de la Gruyère. La voie est unique. Le croisement se fait dans certaines des gares rencontrées. Beaucoup ne sont que de simples haltes, ou le train ne s'arrête qu'à la demande des passagers. Sur les portions de ligne modernisée, les aiguilles sont électriques, mais ici, elles sont talonnables. La vitesse est limitée à 30 km/h lors de leur franchissement. Jean-Marie sait que son train les a dégagées lorsqu'un double signal sonore retenti en cabine. Il peut aussi jeter un œil dans son rétroviseur pour s'en assurer. La ligne comprend ici quelques tunnels qu'elle franchit avant de se rapprocher de la route pour la longer sur quelques kilomètres, une situation qui n'est pas sans rappeler les anciens tramways départementaux français ou vicinaux Belges. Et nous voici arrivés à destination. La gare de Montbovon. Celle-ci est commune aux TPF et au MOB, le Chemin de Fer Montreux Oberland bernois qui exploite entre autres le Golden Pass, un train panoramique qui justement fait un passage en gare. Celle-ci a conservé au delà des travaux qui l'ont profondément modernisée son aspect de gare chalet typiquement Suisse. A noter à propos de train historique, que les TPF font circuler sur la partie métrique de leur réseau des trains rétro à thème, il y est souvent question au pays du Gruyère de fondue, mais il y a aussi un train Sushi et que le site des TPF accessibles sur TPF.ch regorge d'informations historiques et techniques qui combleront les amateurs. Il me reste à remercier tous ceux sans qui ce reportage n'aurait pas pu être tourné, Frédérique et Olivier Meuwly, Karim Mekki ainsi que les conducteurs que j'ai pu accompagner tout au long de cette journée.



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