Le Tire-Bouchon (Ligne Auray-Quiberon)
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Le Tire-Bouchon

(Ligne Auray-Quiberon)

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Le Tire-Bouchon (Ligne Auray-Quiberon)

Transcription :

Bonjour et bienvenu dans Aiguilages, je suis ravi de vous retrouver pour une nouvelle saison. Cet été j'ai parcouru une nouvelle fois des milliers de km en train pour vous ramener d'un peu de partout des reportages que j'ai hâte de vous présenter. Qui dit nouvelle saison, dit nouveautés, je vous laisserais les découvrir au fil du temps, mais la principale c'est que désormais le jeudi, Aiguillages sera entièrement consacré aux trains réels. Trains touristiques, trains historiques, patrimoine ferroviaire ou trains plus modernes comme ça sera le cas dans le reportage qui va suivre, et le lundi nous parlerons exclusivement dans Les Rendez-vous du Lundi d'Aiguillages, de modélisme ferroviaire. Sans plus attendre, nous mettons le cap sur la Bretagne du sud, le département du Morbihan, la presqu'île de Quiberon. La meilleure façon de découvrir cette région, c'est encore de prendre le train.

Il se prend à Auray et rejoint Quiberon en à peine ¾ d'heure. C'est un TER qui a été malicieusement baptisé le Tire Bouchon car sur la presqu'île, il file beaucoup plus vite que les voitures et surtout il n'a aucune difficulté pour trouver une place de stationnement. Une fois embarqués à bord, les passagers n'ont plus qu'à tourner la tête à droite ou à gauche pour voir par la fenêtre, le ciel, le soleil et la mer. Malheureusement ce train ne circule plus que l'été sur une ligne qui avait été habituée à en voir passer beaucoup plus, et de bien plus imposants.

La plupart des passagers embarquent à Auray ou le Tire Bouchon est en correspondance avec des TGV venus de Paris ou de la pointe de la Bretagne. Un aller simple coûtait à l'été 2020 4 euros 50, 8 euros l'aller-retour, mais pour mieux profiter de la presqu'île, les passagers pouvaient faire l'acquisition d'un passe journée d'un montant de 10 euros. Plutôt pratique pour descendre d'un train ou on le souhaite et remonter dans un autre un peu plus tard ou un peu plus loin, certaines stations de la presqu'île n'étant distantes que de quelques centaines de mètres. A la gare d'Auray, le Tire-Bouchon a des voies attitrées, ce sont celles en impasse qui se situent sur le côté du bâtiment voyageur. Autrefois elles côtoyaient les rails fréquentés par les wagons porte auto qui étaient détachés des trains auto-couchettes qui arrivaient ici. Ces installations n'existent plus de nos jours, de nouvelles constructions étant en cours. A certaines heures, pour assurer une correspondance plus rapide et plus simple avec les TGV, ils sont reçus sur la voie 3. Ce sera le cas de celui de 10h17 que je vais emprunter ce matin. Les premiers kilomètres parcourus sur le continent ne sont pas les plus intéressants du voyage, ils se font dans un environnement semi- urbain dans lequel le Tire-Bouchon dessert ses deux premières gares : celles de Belz-Ploermel et de Plouharnel-Carnac. Cette dernière est la seule gare de croisement du parcours. On peut éventuellement y descendre pour rejoindre à pied les fameux alignements de Carnac, mais il faut quand même pour cela marcher une 40aine de minutes. Pas de train croiseur ce matin, le Tire-Bouchon reprend sa route en direction des Sables-blancs, la gare d'entrée dans la Presqu'île de Quiberon. On peut descendre ici pour aller profiter des premiers embruns. Ensuite on a le choix de poursuivre à pied ou mieux en vélo, ou d'attendre le prochain train pour continuer son chemin, la prochaine station Penthièvre étant encore un peu loin, tout au bout d'une très longue ligne droite qui s'enfonce dans le sable et la forêt. Des trains il y en a une 10aine par jour, dans chaque sens. Il me paraît plus judicieux de s'arrêter au cœur de la presqu'île là ou les trois gares de Penthièvre, L'isthme et Kerhostin ne sont distantes que de quelques centaines de mètres les une des autres. Chacun peut alors se composer ici un petit programme de marche et décider de reprendre le train dans l'un ou l'autre sens pour aller explorer un autre lieu. L'Isthme me paraît un point d'arrêt incontournable, c'est à la fois le passage le plus étroit de la presqu'île, et celui qui permet de prendre le plus de hauteur en se rendant au fort de Penthièvre. Celui-ci est là pour rappeler que si une ligne de chemin de fer a été construite ici c'était à la fois pour répondre à des besoins économiques, celui notamment d'écouler les produits de la pêche, mais aussi stratégique et militaire. Il s'agissait d'acheminer les pièces d'artillerie destinées aux défenses de la pointe de Quiberon et de Belle-Ile. La ligne a été inaugurée le 26 juillet 1882. Pendant la première guerre mondiale, au sud de Saint-Pierre de Quiberon, a été créé un site d'essai de l'artillerie lourde sur voie ferrée. Un embranchement militaire a par conséquent été créé en 1916 à partir de la sortie sud de la gare, pour servir à l'acheminement des pièces d'artillerie qui étaient produite par les usines Schneider au Creusot, en Saône et Loire. Côté trafic voyageur, la ligne n'a jamais été bien rentable dans ses premières années d'exploitation. Seuls trois allers-retours étaient proposés quotidiennement. Dans l'entre-deux guerres, malgré le développement progressif du tourisme, les trains restent peu fréquentés sur la presqu'île en dehors de la période estivale, et le transfert des passagers sur la route est sérieusement envisagé. La ligne ne devra son salut que du fait de son intérêt stratégique. Mais c'est l'occupant Allemand qui en tirera partie en l'intégrant à son dispositif du mur de l'atlantique.
Après la guerre, un service de trois trains quotidien est mis en place pour des relations entre Quiberon, Nantes et Paris. Il est doublé durant l'été. Le 6 mars 1972 le service omnibus de voyageur est fermé. La ligne ne voit plus passer que deux trains express quotidien, l'un diurne et l'autre nocturne composé de voitures provenant de Paris-Montparnasse, détachées en gare d'Auray.
Dans les années 80, le tourisme dans la presqu'île connaît un très grand essor sous le poids du développement des loisirs nautiques et de la Thalassothérapie, la population locale passe de 10 000 habitant l'hiver à 200 000 l'été. Avec plus de 20 000 véhicules l'empruntant chaque jour, l'unique route donnant accès à Quiberon est régulièrement totalement engorgée. Un service de train omnibus est alors remis en service. Trois ou quatre voitures Corails sont prélevées sur l'express de jour pour les assurer. La congestion de la route ne faisant qu'empirer, les élus locaux décident de la création d'un service ferroviaire renforcé, qui sera désormais assuré par des X2100 circulant selon un horaire cadencé. C'est ce service inauguré en 1985, qui donnera naissance au célèbre Tire-Bouchon. Son succès dépassera toutes les attentes. Mais la ligne est vieillissante, et il faudrait renouveler la voie. Une opération à un peu moins de 30 millions d'euros. Un investissement qui fait réfléchir les élus, certains d'entre eux envisageant de reconvertir la ligne en un site propre qui serait parcouru par des bus. Espérons que tel ne sera pas le cas et que le récent retour en grâce du train à l'échelle national nous permettra de continuer à profiter d'un Tire-Bouchon sur les rails dans les années à venir. Le mien vient d'arriver à Quiberon, je vais en profiter pour aller visiter la ville.

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