L'écomusée du cheminot Veynois
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L'écomusée du cheminot

Veynois

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L'écomusée du cheminot Veynois

Transcription :

Bonjour et bienvenue dans Aiguillages, je retourne à Veynes ou j'étais passé il y a quelques semaines pour le tournage du reportage sur la ligne de Grenoble à Gap et Briançon quelques jours avant sa fermeture pour deux ans de travaux. Veynes c'est une petite ville qui doit son développement au XIXème siècle au chemin de fer et qui lui rend bien notamment au travers de l'installation en ses murs, il y a de celaune 20 aine d'années de l'écomusée du cheminot Veynois que je vais vous faire visiter dans le reportage qui va suivre.

On peut rejoindre Veynes en train depuis Grenoble, Valence, Perthuis ou Briançon, c'est pourquoi on parle de l'Etoile de Veynes. Rien ne prédestinait ce petit bourg rural a connaître l'essor qui a été le sien à la fin du XIXème siècle, si ce n'est sa situation géographique et surtout la volonté d'un ingénieur des ponts et chaussée, enfant du pays.

Adrien Ruelle est un ingénieur des Ponts et Chaussée qui a travaillé pour la compagnie du PLM, le Paris-Lyon-Méditérannée. C'est en installant à Veynes un dépôt ferroviaire servant au ravitaillement et au remisage des locomotives à vapeur engagées sur les différentes lignes desservies depuis la gare, qu'il a fait de cette commune le nœud ferroviaire des Alpes du Sud. Sa population a alors plus que doublée. Plus de 700 cheminots étaient affectés à ce dépôt qui était doté d'une rotonde du même type que celle de Chambéry. D'un diamètre légèrement plus petit que celui de sa grande sœur savoyarde, 90 mètres contre 108, elle comptait tout comme elle 36 voies et pouvait accueillir 55 locomotives.

C'est l'époque ou bien sur les locomotives à vapeur n'avait pas une autonomie de 2000 ou 1000 km, comme peuvent l'avoir les autorails diesels qui ont circulé après sur les lignes, mais donc c'était des machines qui en général au bout de deux heures, il fallait les ré-alimenter en charbon, il fallait les ré-alimenter en eau, et donc d'office, ce nœud ferroviaire s'est constitué puisqu'il s'est retrouvé à deux heures de Valence, deux heures de Grenoble, deux heures de Perthuis et deux deux heures de Briançon. Grosso-modo deux heures, c'était à peu près ce qui permettait d'avoir un changement de machine à chaque fois à Veynes pour pouvoir assurer les trains de bout en bout. Quand Adrien Ruelle a décidé de placer le dépôt à Veynes, derrière, c'était quand même 700 salariés qui venaient travailler et donc habiter sur place et il est clair que la commune de Veynes a énormément changée de sa vie agricole, elle est passée sur une vie énormément centrée sur le ferroviaire, parce-que il fallait du monde. Je pense que l'on imagine pas ce que ça pouvait être, avoir 700 cheminots qui le matin à la même heure descendaient la rue pour aller au dépôt, ça devait être impressionnant de voir ce flot humain. Et donc, la commune de Veynes, elle s'est entièrement développée, et cet esprit cheminot est resté vraiment à Veynes, et c'est pour ça que ce musée s'est installé ici.

Il reste peu de témoins directs de l'époque de la vapeur au dépôt de Veynes. Georges Blanc en fait partie. C'est l'un des tous derniers roulants à habiter toujours sur place.

J'ai eu la chance de rentrer à la SNCF en 1950 à 14 ans et 9 mois, il y avait un centre d'apprentissage à Veynes qui a malheureusement fermé en 1953, donc j'ai été la dernière trilogie a être en apprentissage. Ensuite, j'ai travaillé pendant 3 ans dans le hangar ou l'on faisait les réparations des locomotives et puis de retour de l'armée, j'ai monté sur les locomotives, avec l'examen de chauffeur. Et donc, j'ai été encore à l'époque accouplé avec le mécanicien et sa machine. J'ai roulé presque 3 ans avec la 141 E 399, et je ne suis pas passé élève mécanicien tout de suite, parce-que à l'époque c'était bloqué, puisque c'était l'arrivée des diesels, la fin de la vapeur, il y avait un surnombre d'agents, et en 61 donc nous avons été 13 agents, 13 familles à partir sur Avignon, ou donc j'ai fais l'école d'électricité et puis j'ai été nommé élève conducteur électricien à Portes, à Portes les Valence, j'ai été reconverti diesel, pour pouvoir revenir dans les Alpes, et je suis remonté à Veynes en 1963 que je n'ai plus quitté, ou j'ai appris la conduite des autorails. Et j'ai laissé ma sacoche le 23 décembre 1985 pour mes 50 ans.

De toutes ces périodes de sa vie professionnelle, il en est une, sans doute pourtant la plus difficile, qui a la préférence de Georges

A mais personnellement la vapeur ! C'est autre chose ! Je ne veux pas dire que maintenant … c'est moins dur, c'est pas du tout ce que je veux dire, mais à l'époque on roulait avec la machine, sa machine et son mécanicien, c'était quelque chose, c'était un couple … J'étais pas parti pour faire un roulant. J'avais dis que je serais chef d'équipe ou que j'essayerais de faire quelque chose à l'atelier, parce-que bon, je tenais assez à une vie régulière. Mais quand j'ai vu que ça partait à droite et à gauche … et puis après, j'ai beaucoup aimé mon métier. Très aimé mon métier. Que ça soit, à la vapeur, aux électriques aux diesels, ou aux autorails, j'ai adoré !

Georges raconte d'ailleurs ses souvenirs de roulant dans un livre qu'il a co-écrit avec Annie Derut, une ancienne professeur de lettres, elle aussi passionnée par les trains et membre de l'écomusée.

C'était surtout prendre le train, le voyage, l'atmosphère des buffets de gares, la d'ailleurs, je suis très contente que le buffet de la gare de Veynes ait été racheté et en voie de réhabilitation et oui, oui, c'est un univers magique et du coup, j'ai lu toute une littérature sur les trains, les Vincenot, Bonin et autres … et je pleure toujours moi hein, à la fin, lorsque la machine à vapeur s'arrête, je pleure toujours !

Et pourtant, à Veynes, comme ailleurs, les machines à vapeur ont toutes finies par s'éteindre, et ont laissé peu à peu la place aux locomotives diesels.

C'est venu petit à petit … ça a été progressif … Le premier train que l'on a vu passer avec les diesels c'est le Paris-Briançon, après ça a été d'autres trains et puis petit à petit, puis après, on a continué à avoir une machine à vapeur à Veynes en réserve, une 141R à charbon. Ensuite pendant quelques années on a encore fait des trains sur Perthuis, avec les 141 R. Perthuis-Saint-Auban-Péchiney avec les 141 R, donc je vous l'ai dit, ça n'a pas été d'un coup. C'est parti tout doucement, régulièrement ...

Quand à la rotonde, on en devine encore les traces sur place, derrière la gare. Il n'en reste que le pont tournant.

En 1971, du fait du non entretien du bâtiment elle est tombée, du moins, elle n'est pas tombée, ils l'ont dynamité tout simplement, donc aujourd'hui il n'existe que le bâtiment de levage, donc le bâtiment de levage c'était le bâtiment ou quand les machines rentraient c'était pour changer leurs essieux, donc c'était des grosses réparations, donc c'était vraiment le bâtiment de gros entretien des machines.

L'écomusée du cheminot Veynois raconte toute cette histoire au travers de son exposition permanente, mais aussi d'actions culturelles, le Veynart, un train spécial qui circule en été, dont je vous reparle dans un instant, en fait partie, mais sous l'impulsion d'Annie des créations littéraires et théâtrales sont présentées au public. Annie a par exemple retrouvé le livre des réclamations déposées par les voyageurs en gare de Veynes et a mis en scène les plus savoureuses

J'ai lu toutes les réclamations, bon c'est vrai qu'il y en a beaucoup c'était fastidieux parce-que c'était une répétition incessante, j'ai raté mon train, on m'a pas donné le bon renseignement etc … Mais parmi toutes celles-là, il y en avait qui était extraordinaires. Donc en particulier, celle qui concernait une robe à pois, une dame qui en ouvrant sa valise s'aperçoit que la robe à pois qui était dans la valise n'y était plus. Elle fait une réclamation. Et la SNCF lui répond … Il fallait peser la valise avec la robe à pois et sans la robe à pois et donner la différence de poids ! C'est incroyable ! Parce-que dans ce registre, l'intérêt c'est que d'un côté il y a la réclamation de l'usager et en face, la réponse de la SNCF. C'est à dire … les réponses étaient tellement rigoureuses et administratives qu'il y avait toujours un décalage entre le côté humain des plaintes des usagers et le côté très rigide un peu quand même de la SNCF.

Des anecdotes comme celles-ci font l'objet de scénettes qui sont jouées à l'écomusée, en gare ou sur les quais pendant la durée d'un festival estival proposé conjointement par l'écomusée et l'association du Train Touristique du Centre Var dont l'un des autorails, une caravelle datant des années 60 est affrété pour sillonner les différentes lignes de l'étoile de Veynes. Cette série de trains spéciaux circulent fin juillet et début août sous le nom de Veyn'Art. Jamais à court d'idées, les membres de l'association viennent d'investir un nouvel espace ou plutôt de le ré-organiser. Il s'agit du jardin appartenant à l'ancienne école tenue par des sœurs que la communauté de communes Buëch Dévoluy et l'écomusée occupent désormais. Dans cet espace de nouveaux objets ferroviaires pour la plupart plutôt encombrants seront bientôt présentés au public, pour prolonger l'exploration des 6 salles d'expositions installées au premier étage. L'une d'elle, par laquelle se termine la visite renferme un réseau sur lequel je reviendrais dans un prochain Rendez-Vous du Lundi d'Aiguillages. L'avenue de la gare aujourd'hui à Veynes ne voit plus passer des cohortes de cheminots se rendant au travail au dépôt. Des conducteurs, des contrôleurs, et autres agents SNCF y restent néanmoins affectés. Dans les prochains mois, ils risquent fort de voir leur activité fortement ralentir du fait des travaux prévus sur les lignes formant l'étoile de Veynes. Les habitants de la région se sont longuement battus pour les obtenir et empêcher ainsi la fermeture de certaines d'entres-elles, dont celle reliant Grenoble à Gap et Briançon qui était de toutes la plus menacée. C'est qu'ici, comme dans beaucoup d'autres territoires le train est un outil indispensable pour se déplacer pour bien des résidents.

Veynes est quand même vraiment une vraie ville rurale et il est clair pour nous que le train fait toujours partie du mode de transport habituel des gens, c'est à dire que l'on a les étudiants qui sont obligés d'aller soit à Grenoble, soit d'aller à Marseille, soit à Valence, ça c'est une première population qui utilise beaucoup le train, on a aussi, nous les haut-alpins qui avons le désir d'aller visiter d'autres monts et pays, et on utilise beaucoup le train parce que c'est dans nos habitudes, et puis on a aussi notre département qui reçoit beaucoup de touristes, il faut quand même savoir que 80% du PIB de nos départements c'est le tourisme, donc c'est quand même le tourisme qui fait vivre énormément le département, et on on a l'avantage d'avoir toujours actuellement, notre train de nuit, puisqu'en France il existe deux trains de nuit qui roulent de façon régulière, dont le Paris-Briançon qui roule toujours et qui passe à Veynes. Paris-Briançon qui malheureusement si SNCF Réseau et l'Etat n'acceptent pas qu'il passe par Perthuis, et bien il risque de ne pas passer pendant 9 mois. Mais la carte n'est pas encore tombée définitivement, et on espère que nous allons pouvoir le faire détourner par Perthuis, puis Cavaillon, qui nous permettrait d'avoir notre train de nuit, tous les jours.

Je ne peux que vous encourager à mon tour à prendre le train et à venir rendre une visite à Veynes, et tout particulièrement à son écomusée du cheminot Veynois vous trouverez toutes les informations utiles à son propos sur le site ecomusee-cheminot.com, la région est aussi propice à faire de belles balades en train. Je vous retrouve quand à moi, la semaine prochaine, pour de nouvelles aventures sur les rails.





















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